L'infrasctructure de Gazcade dédiée à la réception et la distribution du gaz à Lubmin, dans le nord-est de l'Allemagne, près de la frontière polonaise, le 30 août 2022. | Odd Andersen / AFP
L'infrasctructure de Gazcade dédiée à la réception et la distribution du gaz à Lubmin, dans le nord-est de l'Allemagne, près de la frontière polonaise, le 30 août 2022. | Odd Andersen / AFP

Pendant que Gazprom moque une Europe frigorifiée dans une vidéo, la Russie brûle ses excédents de gaz

Cynisme, vous avez dit cynisme?

Attendu mais redouté par un continent très dépendant du géant russe en matière d'énergie, le couperet est tombé lundi 5 septembre: la Russie a annoncé couper tout à fait le robinet de gaz vers l'Europe, exigeant la fin des sanctions décidées à la suite de l'invasion de l'Ukraine pour que le flux reprenne.

Si l'Europe, est-il parfois expliqué, est un peu mieux préparée à ce qui l'attend qu'il y a plusieurs mois –l'Allemagne a, par exemple, réussi à reconstituer ses stocks un peu plus rapidement que prévu–, les turbulences à venir promettent d'être immenses.

Explosion de la facture énergétique du continent à 2.000 milliards de dollars en 2023 selon Goldman Sachs, soit 15% du PIB européen; obligation pour l'Union et les gouvernements de la zone d'intervenir à l'aide de plans extrêmement coûteux pour aider leurs citoyens et sauver leurs économies; turbulences à 1.500 milliards de dollars sur les marchés de l'énergie du fait des appels de marge: les secousses se poursuivent et risquent de s'accentuer un moment encore.

Et alors que l'Europe cherche à survivre au marasme et à l'hiver qui vient, que fait Gazprom, la société gazière russe? Elle se moque, avec un cynisme assez stupéfiant.

La compagnie a ainsi diffusé une vidéo de deux minutes dans laquelle elle montre l'un de ses employés coupant le gaz vers l'Ouest et une Europe congelée par un hiver digne du Jour d'après de Roland Emmerich.

Grandiose et dramatique, la bande-son est à l'avenant de ce grand spectacle effrayant: «L'hiver sera long, uniquement composé de poussière et de neige», peut-on y entendre..

C'est gâcher

Et comme si ce clip édifiant ne suffisait pas à mettre sur les dents des Européens forcément effrayés par les frimas à venir et leur coût pour les portefeuilles, la commissaire européenne à l'Énergie, Kadri Simson, a mis les pieds dans le plat en rappelant à des journalistes, alors qu'elle était en Indonésie pour une réunion du G20, ce qu'il se passe lorsque l'on coupe ainsi un pipeline et ses flux.

Il se crée, logiquement, un excédent de gaz. Un surplus que la Russie, dont les cuves sont déjà pleines, ne peut stocker; pas plus qu'elle ne peut le rediriger vers d'autres horizons et d'autres clients, faute d'infrastructures dédiées ou de contrats signés.

Comme le rapportait déjà la BBC fin août, la seule solution est donc de relâcher ou de brûler, tout simplement, cette énergie qui est en trop d'un côté, mais qui manque cruellement de l'autre. «Nos satellites détectent des fuites de méthane, ou des usines procédant au brûlage de ce gaz naturel, ce qui est très polluant», a ainsi expliqué Kadri Simon. «Ils ne disposent pas de connexions à des pipelines vers d'autres régions du monde, et la Russie n'a plus d'espace de stockage disponible.»

Les observations rapportées par la BBC, et qui faisaient déjà suite à la réduction du flux de gaz vers l'Allemagne, concernaient une usine à la frontière entre la Russie et la Finlande.

Cette seule unité, estimaient les experts, brûlait directement dans l'atmosphère (le fameux flaring) 4,34 mètres cubes de gaz chaque jour, soit l'équivalent d'un peu plus de 10 millions de dollars partant en fumée –ou plutôt en émissions extrêmement dommageables pour l'environnement.

Il est assez probable que d'autres usines, ailleurs en Russie, soient réduites à procéder à la même technique. Dans un paradoxe terrible, Gazprom et la Russie plongent ainsi l'Europe dans le froid, tout en contribuant à accélérer le réchauffement climatique, le méthane étant un gaz à effet de serre des plus dangereux.

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