Une fois dans l'espace, même manger des Doritos se transforme en challenge technique. | Nicolas Lobos via Unsplash
Une fois dans l'espace, même manger des Doritos se transforme en challenge technique. | Nicolas Lobos via Unsplash

Qu'y aura-t-il au menu des marsonautes?

Dans l'espace, il faudra nourrir les corps et gâter les âmes, mais cela n'a rien de simple.

Avec le développement du tourisme spatial, l'exploitation minière des astéroïdes, les projets de colonisation de la Lune ou de Mars, la décennie 2020 s'annonce comme celle du renouveau de la conquête spatiale.

Outre les problématiques liées à l'ingénierie ou à la technologie, d'autres questions se posent, en apparence banale, mais qui se révèlent d'une importance capitale, notamment celle de savoir ce que l'on mangera au cours de ces voyages interstellaires.

Comme le rappelle Wired dans un article consacré à la question, notre système digestif n'est pas fait pour l'espace et des séjours prolongés en zone d'apesenteur le mettent fortement à mal: baisse de l'appétit, risque d'étouffement, de constipation, nausées persistantes. C'est pourquoi le régime alimentaire des astronautes suit des règles strictes.

La nourriture doit par exemple toujours être compacte pour éviter les miettes, lesquelles, inoffensives sur Terre, deviennent dangereuses à bord d'un vaisseau spatial où elles peuvent se loger dans le matériel ou les poumons.

Lorsqu'il arrive qu'un astronaute s'autorise un paquet de Doritos, c'est tout un protocole qui se met en place: ouverture du paquet à proximité d'une grille d'aération afin que toute miette potentielle soit directement aspirée, nécessité de manger jusqu'à la dernière chips pour ne pas mettre en péril le reste de l'équipage, puis, une fois la collation terminée, passage minutieux et obligatoire de l'aspirateur.

Sous le signe du partage

Les séjours dans l'espace n'affectent pas uniquement le corps des astronautes, leur mental est également mis à rude épreuve et l'éventualité d'un long voyage vers Mars soulève à ce titre de nombreuses inquiétudes.

Comme le rappelait à NBC Kelley Slack, experte en santé comportementale à la NASA: «Ce sera la toute première fois que l'Homme se retrouvera totalement déconnecté de la Terre.» En perdant sa planète d'origine de vue, l'être humain pourrait ainsi connaître une solitude et un sentiment de déréalisation encore jamais éprouvés.

Dans ce contexte, le moment du repas dépasse le simple besoin alimentaire. «L'équipage met un point d'honneur à manger ensemble tous les vendredis soirs», explique l'ancien astronaute de la NASA Cady Coleman. Une convivialité permettant de renforcer la sociabilité et la cohésion comme le confirme Jack Stuster, un anthropologue consultant auprès de la NASA. «Dans des conditions d'isolation ou de confinement où les sources de gratification habituelles ont disparu, la nourriture devient cruciale.»

Nouvelles nourritures célestes

Comment reproduire le rituel des repas à bord d'un vaisseau spatial? Maggie Coblentz, qui dirige le Space Exploration Initiative du MIT, planche d'ores et déjà sur le sujet et a entrepris la rédaction d'un livre de recettes interplanétaire, sorte de guide culinaire à destination des astronautes et des futurs voyageurs de l'espace.

Le comportement des liquides dans l'espace, par exemple, l'a amenée à la création d'une nourriture sphérique, pas très éloignée de la cuisine moléculaire. Aromatisées au gingembre ou à l'orange sanguine, ces billes explosent en bouche et permettent de combiner les parfums à l'infini.

Par ailleurs, dans l'espace, les mets terrestres perdent souvent en saveur. Pour pallier ce problème, Maggie Coblentz travaille sur l'umami, l'une des cinq saveurs de base avec le sucré, l'acide, l'amer et le salé, qui a l'avantage de décupler le goût des autres aliments. Elle prévoit d'envoyer un sachet de pâte miso à bord de la station spatiale internationale cette année.

Pour remplacer les couverts, elle réfléchit à ce qu'elle nomme des «os» en silicone, lesquels ressemblent en fait à des macaronis surdimensionnés. Maggie Coblentz teste souvent ses inventions grâce à «un casque à nourriture», une sorte de bulle géante munis de deux trous pour laisser passer les mains, moulée par injection par des fabricants d'aquariums.

Elle en est ravie, l'appareil permettant de capturer toutes les miettes. Et pour cela, Maggie Coblentz l'a testé dans l'endroit terrestre où celles-ci sont une vraie nuisance: son lit!

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