Mission réussie, mais mission ratée. | Alexander Mokletsov / Александр Моклецов via Wikimedia commons
Mission réussie, mais mission ratée. | Alexander Mokletsov / Александр Моклецов via Wikimedia commons

Le jour où la CIA a volé un satellite soviétique au Mexique

Un incroyable braquage, en 1959.

C'est une histoire digne de James Bond dans Moonraker que relate la MIT Technology Review. Octobre 1959. À Mexico, un espion nommé Eduardo Diaz Silveti est recruté par la CIA pour une mission top secret «incroyablement cruciale pour les États-Unis», mais aussi très risquée.

«En cas d'échec, c'est la Troisième Guerre mondiale», prévient Winston Scott, une barbouze de la CIA à l'ambassade mexicaine, chargée de briefer Diaz Silveti.

La mission en question: dérober le satellite soviétique Luna 3, qui vient de ramener les premières images de la face cachée de la Lune quelques semaines plus tôt.

Depuis des mois, le programme américain Corona, censé envoyer des satellites espions dans l'espace, cumule de son côté les échecs. Les tirs ratés s'enchaînent, et Winston Scott est persuadé que Luna 3 détient les clés du succès spatial des Soviétiques.

Le 21 novembre, une exposition doit se tenir à Mexico où seront présentées les dernières innovations scientifiques russes, dont le fameux Luna 3.

Après avoir envisagé de dérober le satellite lors de son débarquement au port, Diaz Silveti développe un nouveau plan: organiser une distraction grossière à l'hôtel où sont logés les Soviétiques (en l'occurrence, remplir les chambres de jolies filles mexicaines) pendant que lui et son équipe détourneront le camion transportant le satellite à la gare, lors de la fermeture de l'exposition.

Le satellite sera alors démonté puis photographié sous toutes les coutures, avant d'être restitué aux Soviétiques –ni vu, ni connu.

Comme un hic

Le jour J, tout se déroule à peu près comme prévu. Les Soviétiques sont «occupés» et alcoolisés dans leur hôtel et, lors d'un incident créé à un passage à niveau, le chauffeur du camion est remplacé par un agent mexicain.

À 17h30, la sonde Luna est donc aux mains de l'équipe de Diaz Silveti qui l'emmène dans un hangar à l'écart de Mexico, où l'attendent des ingénieurs de la CIA.

Durant sept heures, en pleine nuit, ces derniers vont entièrement décortiquer la sonde russe. «Tout ce qui était amovible fut retiré», rapportera Diaz Silveti. Plus de 280 clichés sont pris et 60 échantillons de liquide et de carburant sont prélevés.

Tout est ensuite remis sous scellés et à 7 heures du matin, le camion arrive comme prévu à la gare. Le chauffeur, replacé au volant par les espions mexicains, raconte l'histoire qu'on lui a apprise: il a passé la nuit à attendre les soldats russes sagement assis dans son camion. Fin de l'histoire.

Sauf que ce n'est pas le Luna 3 que Diaz Silveti et son équipe ont dérobé ce soir-là, pour la bonne et simple raison que la sonde s'est désintégrée dans l'atmosphère à son retour sur Terre.

Lors du braquage, le Luna 3 tournait encore au-dessus de la Terre à 500.000 kilomètres d'altitude. Selon Jonathan McDowell, un astrophysicien de Harvard, ce que la CIA a très probablement «volé» cette nuit-là était l'un des vaisseaux Luna 2, qui n'ont eux jamais réussi un seul lancement.

Coïncidence ou pas, quelques mois plus tard, les États-Unis parviennent pourtant à enfin faire décoller un satellite espion Corona. «C'était une très, très grande avancée, et cela a complètement transformé la course aux armements», assure Jonathan McDowell.

La mission Corona a notamment permis aux Américains de réaliser que l'URSS disposait de beaucoup moins de missiles que la CIA, aveuglée par sa paranoïa, ne l'estimait. Quant aux Soviétiques, ils se sont probablement rendu compte de la supercherie bien plus tard –même s'ils ne l'ont bien entendu jamais avoué.

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