Officiellement, des êtres humains n'ont jamais fait l'amour dans l'espace –s'ils l'ont fait, ils sont les seuls au courant. Une affirmation à prendre avec précaution, puisque depuis l'assemblage de la Station spatiale internationale (ISS), des centaines d'astronautes de nombreux pays se sont croisé·es dans ses couloirs.
Parmi les agences spatiales, le sujet reste tabou. En 2008, Bill Jeffs, porte-parole de la NASA, déclarait même sèchement: «Nous n'étudions pas la sexualité dans l'espace. Si c'est votre sujet, il n'y a rien à discuter.»
Pourtant, la NASA envisage une mission habitée sur Mars et SpaceX pense déjà à la coloniser. Dans un futur plus ou moins proche, l'humanité enverra des humain·es effectuer des voyages spatiaux de très longue durée, si ce n'est permanents. Or, plus les missions sont longues et les équipages nombreux, plus le sujet semble inévitable –encore plus s'il est question de colonisation.
Comment l'abstinence prolongée peut-elle agir sur le moral d'une équipe d'astronautes? Quels principes d'hygiène respecter en cas de relations sexuelles? Les agences spatiales évitent d'envoyer des couples dans l'espace, mais si un couple se forme, quelles sont les conséquences pour la dynamique de groupe? Les contraceptions agissent-elles de la même façon que sur Terre?
Et les enfants dans tout ça?
Sur la question du moral, l'une des possibilité est l'«érobotique», ou robots érotiques. Du simple chatbot érotique à des systèmes plus sophistiqués ou à de la réalité virtuelle, ces machines peuvent servir à satisfaire les besoins des astronautes, ainsi qu'à étudier leur comportement sexuel dans l'espace.
Il faut aussi envisager de potentielles conséquences: une grossesse et, à terme, un bébé. Or, on ne sait pas comment réagirait un corps qui porte un enfant dans l'espace. Comment des différences de gravité agiraient-elles sur le développement d'un embryon?
Imaginons une mission sur Mars par exemple, où les individus restent en isolation pendant des mois, où le retour de la mère est impossible et élever un enfant est inenvisageable. Si un avortement est techniquement irréalisable –ou interdit–, une multitude de questions se posent.
Est-il possible de faire confiance aux astronautes pour se protéger et rester abstinent·es? Une abstinence prolongée est-elle seulement réaliste? Si ce n'est pas le cas, faudra-t-il se limiter à des équipages non mixtes ou stérilisés?