Une vue d'artiste de l'Odyssée 8000, inventé par la société occitane pour porter des touristes à 25 kilomètres d'altitude. | Via Zephalto
Une vue d'artiste de l'Odyssée 8000, inventé par la société occitane pour porter des touristes à 25 kilomètres d'altitude. | Via Zephalto

Zephalto, la start-up qui veut vous envoyer dans l'espace en ballon

L'entreprise française compte proposer des croisières stratosphériques dès 2024.

D'ici quatre ans, vous pourrez peut-être prendre votre petit déjeuner en admirant la Terre depuis la stratosphère. La start-up Zephalto, basée au Pouget dans l'Hérault, prévoit d'envoyer des ballons naviguant à 25 kilomètres d'altitude, avec deux à six personnes à leur bord.

Le 21 août, l'entreprise a réussi un vol d'essai de son Odyssée 8000; parti du Pouget, l'aéronef a atterri 300 kilomètres plus loin à Sauviat, dans le Puy-de-Dôme, après quatre heures de voyage. «Ce vol a permis de valider la structure du nouveau ballon ainsi que son comportement au décollage et à l'atterrissage», indique Guillaume Aldegheri, le directeur général de Zephalto.

L'objectif final est de proposer une croisière dans la stratosphère en toute sécurité, «sans limite de temps» et avec un ballon alimenté exclusivement à l'énergie solaire.

Voyage en douceur

Pour cela, Zephalto a développé une technologie que son dirigeant qualifie de «révolutionnaire». La principale innovation repose sur un régulateur capable de modifier l'altitude de manière douce et précise. Ce petit ballon adjacent, situé en dessous de la nacelle, est rempli d'air que l'on comprime ou décomprime selon les besoins grâce aux panneaux solaires.

«À volume égal, l'air compressé est plus lourd, ce qui fait gagner de la masse au ballon et donc perdre de l'altitude», détaille Guillaume Aldegheri. A contrario, lorsque l'on veut s'élever, on relâche de l'air pour faire perdre de la masse au ballon.

Le régulateur offre de nombreux avantages par rapport aux ballons gonflés à l'air chaud, dans lesquels on jette typiquement des sacs de sable pour monter. «Le sable n'est pas une ressource inépuisable, sourit l'entrepreneur. Nous sommes au contraire capables d'adapter notre altitude précisément, ce qui permet notamment de décoller depuis n'importe où, y compris les zones habitées» –ce n'est pas le cas des vols en ballons stratosphériques classiques, qui doivent éviter les couloirs aériens.

L'Odyssée 8000 vu du ciel, qu'il va bientôt rejoindre. | Via Zephalto

Deuxième avancée majeure, le ballon est réutilisable. D'un volume de 120.000 mètres cubes à terme, il est doté d'une enveloppe confectionnée dans un matériau polymère multicouche plus résistant que celui des enveloppes traditionnelles.

«Habituellement, les ballons stratosphériques utilisés par les scientifiques sont tout simplement déchirés pour les faire redescendre», relève Guillaume Aldegheri –une option déconseillée avec des passagèr·es à bord et peu vertueuse sur le plan écologique. Le ballon de Zephalto, lui, est récupéré pour pouvoir voler à nouveau.

Plus près des étoiles

Techniquement, le Céleste serait en mesure d'atteindre une altitude de 35 kilomètres. Mais pour le PDG de Zephalto, rester à 25 kilomètres est toutefois amplement suffisant. «Cette altitude permet d'observer la courbure de la Terre et la noirceur de l'espace, tout en bénéficiant d'une nacelle spacieuse avec un ballon pas trop volumineux», justifie-t-il. De quoi contempler «le spectacle grandiose des milliers d'étoiles illuminant le ciel».

Notre objectif est de rendre le tourisme spatial accessible à tous.
Guillaume Aldegheri, PDG de zephalto

Si l'expérience est moindre qu'avec les navettes de Virgin Galactic, qui promettent des vols suborbitaux à 100 kilomètres d'altitude avec une brève phase d'apesanteur, elle présente l'intérêt de ne nécessiter aucun prérequis physique.

«Notre objectif est de rendre le tourisme spatial accessible à tous, insiste Guillaume Aldegheri. N'importe qui peut voler en avion pourra embarquer à bord de nos croisières.»

De plus, la durée de vol du ballon Céleste est virtuellement illimitée. Zephalto prévoit des balades de six à vingt-quatre heures, avec dîner et nuit à bord de la nacelle.

Le prix de la place à bord, encore inconnu, devrait se chiffrer à plusieurs milliers d'euros par personne. Pas franchement la démocratisation totale du tourisme spatial mise en avant par la start-up, mais toujours moins cher que les vols de Virgin Galactic, pour lesquels le ticket coûte 250.000 dollars [212.000 euros].

Guillaume Aldegheri l'assure: «Nos enquêtes montrent que les gens sont prêts à payer pour des expériences uniques. Songez par exemple qu'une ascension de l'Everest coute 60.000 euros!» Le tarif prohibitif des voyages de Virgin Galactic n'a d'ailleurs pas empêché 600 client·es de réserver leur vol.

Calendrier à tenir

Si l'on en croit l'entrepreneur, le prix ne serait donc pas un vrai obstacle. Pour se financer, Zephalto mise beaucoup sur les préventes, qui devraient être ouvertes en 2021. En attendant, l'entreprise prépare une nouvelle levée de fonds «de plusieurs millions d'euros» afin de poursuivre son développement.

L'installation du ballon Odyssée 8000. | Camille Poirot

Prochaines étapes pour la start-up: un test à 8 kilomètres d'altitude dès cet automne, puis des vols d'essai scientifiques en 2021. Zephalo parviendra-t-elle à tenir son calendrier de 2024? Le tourisme spatial nous avait déjà été promis pour 2008; depuis, Virgin Galactic et Blue Origin n'ont cessé de repousser leurs échéances et de revoir leurs ambitions à la baisse.

Zephalto peut en tout cas compter sur le soutien de nombreux partenaires, dont le Centre national d'études spatiales (CNES), l'Agence spatiale européenne (ESA) et Thales Alenia Space.

Au-delà des croisières, l'entreprise réfléchit à d'autres applications pour son Odyssée 8000, comme l'observation terrestre ou les relevés atmosphériques. Elle envisage même de transformer le ballon en «mini-laboratoire» scientifique ou en relais internet.

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