Amazon n'hésite pas à collaborer avec la police, du moins si celle-ci fait la promotion de ses sonnettes connectées. | Tom Rumble via Unsplash
Amazon n'hésite pas à collaborer avec la police, du moins si celle-ci fait la promotion de ses sonnettes connectées. | Tom Rumble via Unsplash

Amazon offre ses données à la police en échange d'un peu de pub

Aux États-Unis, les sonnettes connectées Ring fournissent une illustration parfaite de l'inquiétante synergie entre les forces de l'ordre et les entreprises de surveillance privée.

En février 2018, Amazon a racheté Ring, un système de sonnette connectée permettant de mettre en place un écosystème de surveillance centralisé à son domicile.

Déjà équipées d'une caméra HD, d'un dispositif de vision infrarouge et de détecteurs de mouvements, les sonnettes Ring offrent la possibilité de combiner toute une gamme de produits de surveillance (caméras, alarmes, verrous, détecteurs, etc.) et de les contrôler via une application sur son smartphone.

Le système peut être couplé à Neighbors, une application mettant les propriétaires de Ring en relation avec leur voisinage pour renforcer la «lutte contre la criminalité locale».

Produits gratis et bons d'achat

Aux États-Unis, plusieurs dizaines d'unités de police ont conclu des partenariats avec Ring, dont le contenu demeurait jusqu'ici inconnu du grand public.

Le site Motherboard a néanmoins réussi à mettre la main sur des documents détaillant l'accord passé entre la police de la ville de Lakeland, en Floride, et Amazon.

Il y est noté que l'entreprise accepte de fournir gratuitement quinze sonnettes Ring aux forces de l'ordre, mais qu'en échange, leur personnel s'engage à promouvoir la marque auprès des résident·es de leur ville.

À chaque téléchargement de l'application Neighbors lié à leur campagne de communication, les services de police reçoivent un crédit de dix dollars, qu'ils peuvent dépenser pour acheter de nouvelles sonnettes (dont le coût oscille entre 100 et 250 dollars) à distribuer à d'autres habitant·es –et ainsi de suite.

Requêtes extrajudiciaires

Évidemment, la police n'est pas qu'une représentante de commerce dans cette affaire. Elle y trouve aussi un avantage: en plus des produits offerts et des bons d'achat, Amazon lui donne accès à une mine d'informations, le «Ring Neighborhoods Portal».

Le portail en question est une interface via laquelle les forces de l'ordre peuvent accéder en temps réel aux alertes postées sur l'application Neighbors et aux conversations qui s'ensuivent –le système cache tout de même les identités réelles des utilisateurs et utilisatrices.

Le Ring Neighborhoods Portal inclut par ailleurs une carte indiquant le positionnement de tous les dispositifs Ring. Si la police veut consulter les images de telle ou telle caméra, elle peut envoyer en quelques clics une requête aux propriétaires, sans avoir besoin de passer par les procédures judiciaires classiques.

L'espoir de la police est que la plupart des gens ne rechigneront pas à fournir leurs images de surveillance aux agent·es qui leur ont gracieusement fourni des sonnettes neuves, ou qu'ils n'oseront pas refuser une demande émanant des autorités.

«Ce que les gens ont du mal à comprendre, c'est que l'autosurveillance est une forme de surveillance gouvernementale en puissance, alerte Andrew Ferguson, professeur de droit à l'université du district de Columbia. Parce que les informations que vous recueillez –et dont vous pensez qu'elles amélioreront votre vie– ne sont jamais très loin d'être ensuite obtenues par les forces de l'ordre pour bouleverser votre vie.»

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