Des membres de la police en faction devant un tribunal chicagoan, dans l'attente du verdict de l'affaire Laquan McDonald, le 5 octobre 2018. | Scott Olson / Getty Images North America / AFP
Des membres de la police en faction devant un tribunal chicagoan, dans l'attente du verdict de l'affaire Laquan McDonald, le 5 octobre 2018. | Scott Olson / Getty Images North America / AFP

À Chicago, la police apprend l'empathie grâce à la réalité virtuelle

Deux films interactifs plongent les forces de l'ordre dans la vie de personnes atteintes de troubles mentaux.

Tirer ou ne pas tirer? Les situations sont parfois difficiles à évaluer pour la police, et les décisions que prennent ses agent·es sont souvent définitives. Axon, l'entreprise qui a inventé le Taser, a produit deux films interactifs en réalité virtuelle à destination des forces de l'ordre.

Inversion des situations

Diffusés via des casques de réalité virtuelle Oculus Go (ceux de Facebook), les films sont conçus pour apprendre aux policières et policiers quand utiliser leur Taser ou faire feu.

Exemple de scénario: le programme propose d'incarner Kyle, un schizophrène qui doit d'un côté gérer un concert de voix dans sa tête et de l'autre sa mère suppliante. Soudain, un policier l'interpelle et lui demande de poser le tournevis qu'il tient en main. Dans la scène suivante, la situation s'inverse et on se retrouve dans la peau du policier, qui doit décider comment réagir face à Kyle.

«Ce qui vous passe par la tête quand vous traversez un épisode psychotique et que l'on vous arrête ou qu'un policier vient simplement vous parler peut être très différent de ce les policiers pensent qu'il se passe», développe Laura Brown, directrice de la stratégie de formation chez Axon.

Si ce scénario a été choisi, c'est parce que la baisse des subventions publiques aux services de santé américains prenant en charge les troubles mentaux a engendré une situation difficile pour la police: elle est souvent la première sur les lieux dans ce genre de cas et ne sait pas toujours comment réagir avec empathie.

En 2016, une étude de la fondation familiale Ruderman a révélé que près de la moitié des personnes tuées par les forces de l'ordre étaient en situation de handicap.

Une seconde étude, publiée en 2018 et reposant en partie sur les statistiques réputées solides tenues par le Guardian et le Washington Post, a montré que si les hommes noirs sont les plus susceptibles d'être tués au cours de leurs interactions avec la police, le risque de mourir est également sept fois plus important pour les personnes atteintes de troubles mentaux que pour le reste de la population.

Mieux que rien

L'entraînement prévu par la police de Chicago et Axon fait partie d'un effort plus large. Il résulte d'une réaction en chaîne après l'affaire Laquan McDonald, un jeune homme tué en 2015 par un policier qui lui a tiré seize fois dessus.

Sa famille affirme que la police savait qu'il avait besoin d'aide psychiatrique. «[Sa mère] n'a pas appelé la police de Chicago pour qu'ils tuent leur fils, témoigne son père Percy McDonald dans le Chicago Tribune. Elle les a appelés pour qu'ils lui viennent en aide.»

Reste à déterminer si ce genre d'exercice en réalité virtuelle peut véritablement faire naître de l'empathie chez quelqu'un. Les recherches quant aux effets du virtuel sur le cerveau et nos sentiments n'en sont qu'à leurs débuts.

Quelques résultats préliminaires du laboratoire du professeur de communication Jeremy Bailenson à l'université de Standford semblent toutefois indiquer que la VR pourrait nous affecter sur le long terme, au-delà de l'expérience en elle-même.

Malgré tout, l'officier Robert Garduno de la police de Chicago estime qu'il est important d'essayer. «Nous devons tout le temps prendre des décisions dans la rue, en à peine une seconde, raconte-t-il. Ce qui est bien avec ce genre d'entraînement, c'est que si vous prenez la mauvaise décision, vous pouvez apprendre de vos erreurs. Si vous prenez la mauvaise décision dans la rue, c'est fini.»

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