Souriez, vous êtes suivi·es! | Davic McNew / AFP
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Pourquoi les États-Unis ont-ils peur de la reconnaissance faciale?

Alors que la technologie se perfectionne et se généralise, le débat est ouvert outre-Atlantique sur la dangerosité et les conséquences de son utilisation.

🧒🏾 Parce qu'elle intègre les écoles

En ce début juin 2019, un district de l'État de New York devait implémenter un système de reconnaissance faciale au sein de huit écoles. Nommé Aegis, ce dispositif est conçu pour repérer des menaces telles qu'une personne portant une arme ou identifier un individu connu de la justice. Aegis promettait également de ne pas suivre les mouvements des élèves et de conserver les enregistrements pendant seulement soixante jours.

Malgré ces précisions, l'association new-yorkaise pour les libertés civiles a protesté contre cet outil et demandé la suspension du projet, arguant que «San Francisco a interdit cette technologie, alors que cette grande ville est la plus proche de toutes les personnes qui la comprennent le mieux [une référence à la Silicon Valley, ndlr]. Pourquoi voudrions-nous qu'elle arrive à New York et dans un endroit où il y a des enfants?».

Le 30 mai dernier, à quelques jours du lancement du programme, le département pour l'éducation de l'État de New York a demandé son report, jugeant que le district n'a pas démontré que «le cadre nécessaire était en place pour protéger la vie privée des personnes concernées et pour sécuriser correctement les données».

Le district a fait savoir qu'il ne suivrait pas cette recommandation et que le test commencerait bien à partir du 3 juin.

🌁 Parce que San Francisco l'a interdite

San Francisco, dont la baie abrite les géants de la Silicon Valley et les start-ups du monde des nouvelles technologies, vient de devenir la première ville américaine à bannir l'utilisation de la reconnaissance faciale par les services de police ou les agences gouvernementales. La technologie pourra toujours être exploitée par les commerces, les individus et les services fédéraux, comme l'aéroport de la ville.

La police de San Francisco a mis à l'essai un dispositif de reconnaissance faciale entre 2013 et 2017. Elle s'en servait pour retrouver à la fois des petit·es délinquant·es et des auteurs de tueries de masse.

Cette décision pourrait en appeler d'autres. Dans la même région, Oakland considère une directive similaire. Au niveau national, un projet de loi a été soumis pour interdire l'utilisation commerciale de la reconnaissance faciale et la collecte de données sur les consommateurs et consommatrices.

🤡 Parce qu'elle n'est pas assez fiable

Le principal argument des pro-bannissement est le manque de fiabilité de la technologie. Les exemples de biais se multiplient, pour une intelligence artificielle pourtant censée être impartiale.

La plateforme Uber s'est retrouvée sous le feu des projecteurs à cause de son système d'identification, qui ne fonctionne pas correctement dans le cas d'une personne transgenre.

L'Administration américaine pour la sécurité des transports a quant à elle reconnu que les portiques des aéroports avaient tendance à sonner davantage au passage d'une femme noire.

Une étude du MIT a démontré que les programmes de reconnaissance faciale étaient plus efficaces pour distinguer des hommes blancs que des personnes racisées. Dans ce contexte, difficile d'imaginer une application généralisée de cette technologie alors que les mauvais exemples se multiplient.

🗽 Parce qu'une partie de la classe politique s'y oppose

Comme pour toute innovation technologique connaissant une avancée soudaine, la loi accuse un temps de retard pour statuer. Les États se penchent sur la reconnaissance faciale les uns après les autres.

La populaire députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez s'est exprimée sur le sujet lors d'une audition du Comité de surveillance et de réforme. Elle a fait part de son inquiétude quant au déploiement massif de ce genre de dispositif dans le pays et affirme que la reconnaissance faciale est «liée à la réalité politique d'une montée globale de l'autoritarisme et du fascisme».

La crainte d'un État surveillé à la Big Brother est forte dans le camp des adversaires de la technologie. Déjà très répandue en Chine, où elle est l'un des outils du totalitarisme technologique mis en place par Pékin, l'utilisation de la reconnaissance faciale dans la rue ou les transports commence à se propager à d'autres pays du monde, la France n'étant pas à l'abri.

Entre les défauts de fiabilité de ses performances, le manque de transparence dans l'utilisation des données collectées, l'absence de cadre juridique et la méfiance de la population, la reconnaissance faciale connaît encore de nombreux obstacles à sa démocratisation.

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