Tous les coups semblent permis dans la guerre pour le monopole. | Kenzo Tribouillard / AFP
Tous les coups semblent permis dans la guerre pour le monopole. | Kenzo Tribouillard / AFP

Comment un VPN espion a permis à Facebook de s'offrir WhatsApp

Une app israélienne transformée en mouchard servait à observer la croissance du service de messagerie.

Quand Facebook a déboursé 19 milliards de dollars (17,5 milliards d'euros) pour acheter WhatsApp en février 2014, beaucoup se sont demandés si Mark Zuckerberg n'avait pas perdu tout sens des réalités. Pourtant, six ans plus tard, le service de messagerie s'est imposé comme l'un des piliers du géant du web social.

Il faut dire que, grâce à Onavo racheté quelques mois plus tôt pour environ 120 millions de dollars, Facebook avait quelques bonnes informations qui lui ont permis de voir avant tout le monde la folle croissance du service de messagerie, jusqu'alors passé largement inaperçue aux États-Unis.

L'application israélienne promettait «d'améliorer les performances des smartphones en compressant les données, en économisant la batterie et d'autres astuces», rappelle aujourd'hui Steven Levy, dans son livre Facebook, The Inside Story (non traduit). Mais Onavo ne faisait pas ça de gaieté de cœur: «Les utilisateurs laissaient Onavo les espionner et revendre les informations.»

Un VPN très, très curieux

Après quelques mois à suivre le même système, Facebook a décidé de tenter autre chose, raconte Steven Levy: «Lorsque l'outil de performance mobile n'a plus atteint son objectif, Facebook a monté un autre leurre pour récupérer les données des utilisateurs. Onavo Protect proposait ce qui semblait être une bonne affaire: un VPN gratuit qui fournissait plus de sécurité que les réseaux Wi-Fi publics gratuits.» Avec cet honeypot, «Facebook avait un puissant moyen pour surveiller l'activité mobile de milliers d'utilisateurs.»

Facebook a ainsi pu observer l'explosion du service de messagerie dans le reste du monde et Mark Zuckerberg a eu tout le temps d'approcher ses fondateurs, avant d'accélérer le rachat, après la fuite d'un mémo d'un banquier d'investissement dévoilant le potentiel du service de messagerie.

«Les chiffres d'Onavo montraient à Zuckerberg que WhatsApp était en train de devenir une puissance mondiale, qui pouvait potentiellement bloquer le développement des services de messagerie de Facebook dans le monde, poursuit Steven Levy. Dans certains pays, WhatsApp détenait les deux-tiers du marché.»

Une partie des données d'Onavo utilisées par Facebook avait déjà été dévoilée par BuzzFeed en décembre 2018. «WhatsApp dépassait largement Facebook Messenger sur mobile dans certains domaines», écrivait ainsi le site américain, en se basant sur ces documents.

Pour s'assurer que le service de messagerie ne viendrait pas se mettre en travers de son chemin ou ne serait pas racheté par quelqu'un d'autre, Facebook a pris les deux fondateurs à leur propre jeu en mettant sur la table la somme folle (de leur propre aveu) demandée.

«Mark Zuckerberg nous a mis échec et mat», se souvient Brian Acton. Six ans plus tard, Facebook détient les deux plus grosses applications de messagerie du monde.

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