Les peaux marines, tannées et teintées par Femer. | Femer
Les peaux marines, tannées et teintées par Femer. | Femer
Veolia présente

Femer, le cuir marin éco-responsable made in Bassin d'Arcachon

La jeune entreprise valorise les déchets de la pêche en tannant les peaux des poissons, pour remplacer celles de python ou de crocodile.

La Teste-de-Buch a les pieds dans l'eau du bassin d'Arcachon. La gare donne sur la lagune et son port ostréicole, où flottent pinasses, bateaux de plaisance et plates. L'eau est bordée de cabanes de pêcheurs, murs en bois et toits rouges. C'est dans l'une de ces bâtisses que Marielle Philip, 32 ans, a décidé d'installer Femer, son entreprise qui transforme les peaux de poissons en cuir.

«Mon père, qui est décédé lorsque j'étais jeune, avait une entreprise de pêche. Ma mère est elle aussi très liée à la mer car mon grand-père, pied-noir, était pêcheur en Algérie. Il est venu s'installer dans le bassin d'Arcachon après la guerre mais il a gardé cette passion de la mer, de la pêche aux crabes», explique-t-elle.

Marielle Philip naît à la Teste en 1987 et y reste jusqu'au lycée. Elle monte à Bordeaux pour sa licence de droit, puis à Montpellier pour un master 1 droit de l'environnement et un M2 en gestion des littoraux. Après un stage en pisciculture à Mayotte, elle commence à travailler pour un cabinet d'avocats en droit de l’environnement.

C'est grâce à sa mère que le projet Femer commence à germer. «Elle avait découvert en Laponie un procédé ancestral de tannage des peau de saumon. Elle a trouvé ça super et s'est formée là-bas. Moi, je finissais mes études et j'étais branchée économie circulaire. J'ai pensé au fait qu'on ne valorisait pas les déchets de la pêche, les peaux de poisson. J'ai fait quelques essais de R&D, peu structurés et, voyant que ça plaisait, j'ai décidé de monter une entreprise en 2014», détaille l'entrepreneuse.

Dans l'atelier, à Teste-de-Buch. | Femer

Entre amour de la mer et engagement écologique

Sombre, petit et encombré, le «laboratoire» de Femer a des allures de maison de sorcière. Situé entre deux producteurs d'huîtres, la cabane de pêcheur comprend un frigo pour stocker les peaux, une grande cuve pour le tannage ou une presse pour «lisser» les cuirs. Des peaux de poisson de toutes couleurs et de toutes tailles y sèchent, accrochées à des fils. L'endroit est jonché d'outils, de notes et de bidons aux contenus liquides divers.

«On recycle un déchet de l'industrie agro-alimentaire peu valorisé –sauf hors de France– avec un procédé éco-responsable (tannage et coloration), vendu en circuit court sur internet, les produits finis sont fabriqués localement autant que possible, et nous avons un impact social au travers de notre collaboration avec un Établissement et service d'aide au travail (ESAT)», résume-t-elle.

Les peaux de poisson –surtout du saumon et de la truite– sont séparées de la chair et des écailles par les salariés de l'ESAT. Ensuite, les peaux sont nettoyées et tannées. Femer n'utilise pas de sels métalliques ni de chrome, car ils sont très polluants, mais des tannins naturels, comme le mimosa ou la noix de galle, ainsi que des colorants à base de plantes.

Le processus est plus long et plus coûteux que le tannage industriel. Le mimosa coûte 5.000 euros la tonne, la noix de galle 7.000 euros, contre 200 euros pour le chrome. Ce dernier transforme les peaux en 24 heures, alors qu'un tannin naturel nécessite plusieurs jours. Les peaux sont ensuite séchées et pressées.

Ainsi valorisées, les peaux de truite ou de saumon peuvent remplacer celles de python ou de crocodile. | Femer

«Le meilleur investisseur, c'est le client»

Marielle crée Femer en 2014, avec un site marchand. Le projet n'enthousiasme pas tout le monde. «Au début, les gens hallucinaient, disaient que c'était débile, que ça allait puer le poisson. Comme si la peau de crocodile sentait le crocodile.» Elle envisage de se rabattre sur un projet plus conventionnel, mais finalement elle tient bon.

L'entreprise remporte de nombreux trophées d'entreprises et des prix associés: Oyster Trophy, BGE, groupe NRJ avec une campagne de publicité gratuite à la clé... Elle reçoit aussi des subventions, notamment du fonds social européen. Marielle n'a donc pas eu besoin de lever des fonds. Avec le constat, au final, que «Le meilleur investisseur, c'est le client».

J'ai fait beaucoup de recherches seule, épluché la littérature, effectué des tests avec beaucoup de ratés. Au bout de trois ans, les procédés étaient calés et duplicables. J'ai un peu lancé une mode.
Marielle Philip, fondatrice et dirigeante de femer

L'entrepreneuse investit entre 30 et 40.000 euros pour installer ses moyens de production et perfectionner ses processus. Elle est reçue par les laboratoires d'entreprises du luxe, de tanneries et d'autres start-up.

«J'ai fait beaucoup de recherches seule, épluché la littérature, effectué des tests avec beaucoup de ratés. Au bout de trois ans, les procédés étaient calés et duplicables. J'ai un peu lancé une mode», constate-t-elle.

Des produits finis utilisant le cuir préparé par Femer. | Femer

Une croissance maîtrisée

Rapidement, elle trouve des débouchés. De nombreuses créatrices de bijoux s'intéressent aux matériaux éthiques: elle entre en contact avec elles grâce à internet et notamment Instagram.

Marielle engage aussi des collaborations pour créer des produits finis. D'abord avec Daguet dans le Limousin pour créer des sacs et des pochettes. Puis avec une entreprise bordelaise pour créer les sandales «La Pylataise»«suite à la faillite du sous-traitant», la production des chaussures est déménagée au Portugal.

Toutefois, le coeur de son activité consiste à vendre les peaux tannées en tant que matière première. La taille des poissons limitent celle des cuirs. Le débouché principal consiste à remplacer les cuirs de python ou de crocodile, notamment dans l'industrie du luxe. 30% de ses ventes sont réalisées à l'étranger.

Je suis plus dans le partenariat que dans la volonté de grossir à tout prix. Si j'industrialise le processus, ça risque de ne plus me plaire.
Marielle Philip, fondatrice et dirigeante de femer

Sans pouvoir communiquer sur des chiffres précis, l'entreprise est aujourd'hui à l'équilibre, tout en «surveillant le moindre euro», notamment en raison du prix élevé des matières premières (colorants et tannins naturels).

Marielle et sa mère font tourner l'entreprises seules, même si l'ESAT participe au processus de tannage. Elle continue d'exercer un emploi en parallèle.

«Des investisseurs m'ont contacté mais, à ce stade, je ne vois pas forcément l'intérêt. Je suis plus dans le partenariat que dans la volonté de grossir à tout prix. Si j'industrialise le processus, ça risque de ne plus me plaire». Les deux pieds ancrés dans l'économie réelle, Femer continue ainsi de voguer paisiblement vers son avenir.

Cet article vous est proposé par korii et Veolia dans le cadre de Green Mirror, un événement éditorial écrit et audio pour voyager dans le temps, prendre conscience et réfléchir sur les enjeux qui nous attendent collectivement face au changement climatique. Comment agir dès maintenant face à l'urgence?

Découvrez les solutions déjà existantes ou prometteuses à travers notre série d'articles et de podcasts publiés sur notre site-événement.

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