Le pari technologique de SpaceX: du métal qui transpire. La NASA n'y croit que moyennement. | SpaceX via Unsplash
Le pari technologique de SpaceX: du métal qui transpire. La NASA n'y croit que moyennement. | SpaceX via Unsplash

Les fusées d'Elon Musk font flipper la NASA

Une fusée tout en acier pour décoller vers Mars, c'est bien joli: mais est-ce vraiment solide?

C'est la phase ultime du pari fou, et peut-être contestable, d'Elon Musk: envoyer l'être humain coloniser Mars, histoire de sauver nos fesses de l'extinction. C'est celle pour laquelle SpaceX prépare ses fusées réutilisables et à coût réduit, dont il est pour l'instant difficile de contester le succès –technologique, du moins.

C'est également le volet le plus complexe du projet, pour lequel les ingénieures et ingénieurs de SpaceX ont conçu Starship, une énorme fusée aux faux airs d'œuvre science-fictionnelle rétrofuturiste.

Cette impression de voir une version à peine modernisée de la fusée qui a emmené Tintin et ses compagnons sur la Lune tient en particulier au fait que Musk et ses petits camarades ont fait le choix de l'acier inoxydable plutôt que du «traditionnel» carbone pour ce monument de design qui fut, un temps, nommé la «Big Fucking Rocket» et qui sera propulsée par des moteurs à la démesure du projet –et de l'égo de Musk.

Cent fois plus complexe que le plus complexe des projets

Si l'engin ne se désintègre pas en explosant dès le premier lancer, Starship pourrait bien se ranger du côté des tours de force technologiques: interrogé sur la question, un ingénieur très haut placé de la NASA, Walt Engelund, a expliqué que ce pari était «cent fois plus complexe» que celui opéré par l'agence spatiale américaine avec le lancement du robot Curiosity.

Ses doutes concernent en particulier l'une des idées de SpaceX, que Musk lui-même a décrite comme «délicieusement contre-intuitive»: contrairement aux autres véhicules spatiaux destinés à sortir puis à entrer dans l'atmosphère –qu'elle soit martienne ou terrestre–, Starship ne disposera pas de boucliers thermiques, généralement constitué de céramique. À leur place, les têtes pensantes ont prévu deux options: des micro-perforations qui permettront à la fusée de «transpirer» du carburant, ou un liquide de refroidissement dédié, pour supporter l'échauffement dû à l'entrée dans l'atmosphère.

Premier allumage d'un réacteur Raptor, qui portera la «Putain de Grosse Fusée» de SpaceX: ça a l'air de marcher –au pire, ça fera un excellent barbecue.

Walt Engelund semble ne croire que moyennement à ce changement de paradigme, arguant que la NASA avait déjà étudié cette solution mais qu'elle s'était heurtée à des problèmes de bouchage des pores métalliques qui pourraient, si SpaceX ne débusque pas l'introuvable parade, se traduire par la destruction de l'engin.

Dans une interview au site Popular Mechanics, Musk a expliqué son choix a priori curieux de l'acier inoxydable pour sa rutilante fusée: il est beaucoup moins cher à produire et à travailler que le carbone (3 dollars contre 135 pour le carbone –soit environ 2,6 euros contre 119 euros ), il résiste naturellement à de bien plus hautes températures que ce dernier, et a tendance à mieux résister en cas d'éventuels débuts de fissures.

Ces caractéristiques, décrites comme idéales pour un engin supposé sortir puis entrer puis entrer puis sortir à nouveau des atmosphères terrestre et martienne, expliquent le choix de SpaceX de se passer des boucliers thermiques pour envoyer ses fusées dans l'espace –et c'est ce choix qui, semble-t-il, fait trembler la NASA.

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