L'ONG Project Vesta ambitionne de capturer la totalité des émissions humaines annuelles de dioxyde de carbone en recouvrant à peine 2% des plages avec de l'olivine. | Project Vesta
L'ONG Project Vesta ambitionne de capturer la totalité des émissions humaines annuelles de dioxyde de carbone en recouvrant à peine 2% des plages avec de l'olivine. | Project Vesta

Le «sable vert» peut-il nous sauver du changement climatique?

Une start-up américaine veut répandre de l'olivine sur les plages afin de capturer et stocker le CO2 dans l’océan.

Qu'est-ce qui est vert, présent abondamment dans la nature et qui absorbe le CO2 atmosphérique en grande quantité? Vous pensez à la forêt? Et bien non, il s'agit de l'olivine, une pierre précieuse volcanique de couleur verte, que l'on trouve notamment à la Réunion ou à Hawaï.

L'ONG Project Vesta, créée en avril 2019, ambitionne rien de moins que de capturer la totalité des émissions humaines annuelles de CO2 en recouvrant à peine 2% des plages avec de l'olivine. Le tout grâce grâce à un processus appelé «altération forcée».

Cette méthode consiste à accélérer un processus naturel, lors duquel le dioxyde de carbone de l'atmosphère est stocké sous forme de calcaire par les organismes marins. Ici, l'olivine, riche en silice et en magnésium, est réduite en poudre sous l'action des vagues, puis dégradée en silicates et en ions carbonates par l'eau et le CO2.

Les carbonates sont ensuite transformés en calcium dans les coquilles et les squelettes de ces mollusques ainsi que des coraux. Lorsque ces derniers meurent, le CO2 est définitivement stocké au fond de l'océan.

Selon Project Vesta, une tonne d'olivine absorbe ainsi 1,25 tonne de CO2 et l'opération serait extrêmement rentable, de l'ordre de 10 dollars par tonne absorbée. Cerise sur le gâteau, les composés produits sont alcalins, ce qui réduit l'acidification de l'océan engendrée par le changement climatique.

Un gros chantier qui a aussi ses méfaits

Cette idée de géoingénierie n'est pas vraiment nouvelle. Un article publié dans Nature il y a plus de trente ans proposait déjà d'utiliser des silicates pour capturer le dioxyde de carbone.

De nombreuses autres études ont depuis paru sur le sujet, avec des chiffres et des conclusions plus ou moins optimistes. Pourtant, l'altération forcée n'a jamais été mise en œuvre concrètement, dépassée au profit d'approches plus simples comme la plantation d'arbres, la modification des pratiques agricoles ou encore le stockage du CO2 dans des aquifères.

Il faut dire que la méthode, simple sur le papier, est loin d'être aussi facilement réalisable. Car si l'olivine est relativement abondante sur Terre, elle est la plupart du temps incluse dans d'autres roches, dont il faut l'extraire.

Selon une étude de 2010, la quantité annuelle de minerai à extraire serait ainsi équivalente à celle du charbon. Il faut ensuite acheminer toute cette roche sur les plages, puis attendre patiemment que la mer la dégrade en sable fin, un processus qui peut prendre de très longues années.

Enfin, la dissolution en grande quantité de silice et des autres minéraux de l'olivine dans l'eau de mer pourrait affecter négativement l'écosystème marin, en provoquant par exemple la prolifération de phytoplancton qui crée des zones d'anoxie (sans oxygène), met en garde Geoengineering Monitor, une organisation de réflexion sur la géoingénierie.

Project Vesta croit néanmoins dur comme fer à son idée. «La réduction des émissions de CO2 ne suffira pas pour résoudre la crise climatique», insiste Eric Matzner, le cofondateur de la start-up, qui vient de lever 1,5 million d'euros pour financer des tests grandeur nature sur deux plages des Caraïbes.

L'entreprise de paiement en ligne Stripe a annoncé en mai un accord avec Project Vesta pour «effacer» l'émission de 3,33 tonnes de CO2 au prix de 75 dollars la tonne (soit 7,5 fois plus que le prix ambitionné). Si tout cela se confirmait, il faudrait s'habituer à voir des plages de sable vert le long des côtes tropicales. Pas certain que cela plaise aux touristes.

En ce moment

Le nouveau Chromecast prouve que Netflix a déjà gagné la bataille du streaming

Biz

Le nouveau Chromecast prouve que Netflix a déjà gagné la bataille du streaming

Un bouton qui en dit long.

«Full Self-Driving»: Tesla lance un test grandeur nature (et c'est peut-être une mauvaise idée)

Tech

«Full Self-Driving»: Tesla lance un test grandeur nature (et c'est peut-être une mauvaise idée)

N'est-il pas un peu tôt pour baisser l'attention?

Le Royaume-Uni voulait son propre système GPS, mais n'a pas acheté les bons satellites

Tech

Le Royaume-Uni voulait son propre système GPS, mais n'a pas acheté les bons satellites

Une boulette à plus de 420 millions d'euros.