Sundar Pichai pendant la conférence Google I/O, le 7 mai 2019 à Mountain View en Californie. | Josh Edelson / AFP
Sundar Pichai pendant la conférence Google I/O, le 7 mai 2019 à Mountain View en Californie. | Josh Edelson / AFP

Google veut protéger votre vie privée, mais seulement si vous lui demandez

Alors que Facebook était resté flou sur les mesures à prendre pour améliorer le respect des données privées, Google dévoile une batterie de mesures.

Après Facebook en mars dernier, c'est à Google de revendiquer une posture pro-vie privée. Signe que les temps changent dans la Silicon Valley, la firme a profité de sa conférence annuelle des développeurs, ouverte le 7 mai, pour amorcer elle aussi un pivot vers plus de protection des données personnelles.

Pour tenter de parer aux critiques qui pleuvent depuis quelques années sur les géants du web, Facebook avait clamé «The future is private», «le futur est privé». Google a visiblement décidé de lui emboîter le pas.

Dans une tribune publiée dans le New York Times, son PDG Sundar Pichai affirme que le respect de la vie privée est «l'un des sujets les plus importants de notre époque» et que «ce ne peut pas être un luxe réservé aux personnes qui peuvent s'offrir produits et services premiums».

Transparence sur les cookies

Pour joindre le geste à la parole, le responsable de Google a présenté toute une batterie de mesures: contrairement aux vœux pieux de Facebook, Google entend montrer patte blanche dès maintenant et mettre en avant les applications concrètes de sa bonne résolution.

Le 2 mai, Google annonçait déjà qu'il serait possible de demander la suppression automatique de ses données de navigation web et de localisation des serveurs de Google, après trois ou dix-huit mois de stockage.

Sur Chrome, l'entreprise s'engage à plus de transparence vis-à-vis des cookies, en permettant aux internautes de choisir ceux qu'ils veulent supprimer ou au contraire conserver (mot de passe et usernames, par exemple) et en les informant de la manière dont leurs données sont utilisées. Toujours sur le navigateur, un plug-in permettra de savoir où ont été récoltés les cookies utilisés pour orienter chaque pub.

La nouvelle n'est pas sans inquiéter les acteurs du marché de la publicité et du ciblage, très largement dominé par Facebook et Google: le secteur entier pourrait être chamboulé par le contre-pied de la firme de Moutain View.

Si Google a affirmé qu'elle s'appliquerait les mêmes règles qu'à tout le monde, rien n'indique que cette plus grande maîtrise des cookies, du plus retors fingerprinting et globalement des techniques de suivi à la trace des internautes ne lui sera pas en fin de compte favorable.

Un mode incognito sera également introduit sur les applications mobiles Google Maps et YouTube, afin que les recherches ne soient pas associées à un profil. Il sera aussi possible de demander à ce que les applications tierces ne puissent pas accéder à sa localisation lorsqu'elle ne sont pas actives.

Illusion du choix

Si l'on peut saluer ces mesures, force est de constater que l'on reste loin de la privacy by design, la protection des données personnelles mise au cœur de la matrice du produit: chacune des protections promises par Google suppose une démarche de l'internaute pour l'activer.

Google avance que cette décision permet de laisser le choix à sa clientèle. L'argument est plus que discutable: si aller fouiller dans les paramètres de son appareil pour régler son niveau de sécurité est une formalité pour les plus averti·es d'entre nous, nombre de personnes ne sauront sans doute pas comment s'y prendre. Et encore faudrait-il qu'elles soient prévenues que cette possibilité leur est offerte.

Pour Jen King, spécialiste de la protection de la vie privée interrogée par Wired, «seule une petite minorité va prendre l'initiative. Ce n'est pas que les gens s'en fichent, c'est que A) ce n'est pas leur priorité, et B) c'est souvent difficile pour eux de comprendre ce genre de choses» –une réalité dont Google ne peut qu'être consciente.

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