Des orgues de Staline aux roquettes de l'enfer. | Vitaly V. Kuzmin via Wikimedia Commons
Des orgues de Staline aux roquettes de l'enfer. | Vitaly V. Kuzmin via Wikimedia Commons

Pourquoi les lance-roquettes TOS-1A «thermobariques» russes sont si effrayants

Cet enfer venu du ciel a notamment rasé Grozny et Idlib.

«Un crime de guerre en préparation», tweetait l'analyste Michael A. Horowitz en constatant l'irruption de lance-roquettes multiples russes de type TOS-1A dans la guerre en Ukraine, tandis que les vidéos se multipliaient sur les réseaux pour montrer leur passage et leur installation partout dans le pays, parfois à proximité immédiate de villes ou de lieux très habités.

La spécificité principale du TOS-1A, surnommé «Buratino» dans l'armée russe, tient dans ses projectiles dits «thermobariques». Ces roquettes terrifiantes sont l'une des armes conventionnelles –donc non nucléaires– les plus ravageuses qui puissent être utilisées dans un conflit.

Également appelées «explosifs carburant-air», les «armes thermobariques à surpression» pulvérisent un aérosol explosif près du sol qui, lorsqu'il est ensuite détonné, aspire et brûle l'oxygène environnant pour créer une explosion plus puissante, plus chaude et plus durable qu'une bombe classique.

Dans son article consacré à cette monstrueuse invention, The Drive traduit ce qu'écrit l'armée américaine à propos des «armes thermobariques à surpression». «Le premier effet est un blast d'une longue durée et à haute pression qui fait un vide, puis déclenche une vague contraire», est-il ainsi écrit dans un guide de l'armée US sur les matériels de guerre.

Le document précise ensuite que ce type d'explosion et de vide (vacuum, en anglais) peut déchirer des matériaux mous tels que la surface des radars, le revêtement d'un avion ou... les tissus humains. «Les murs et les surfaces dans la zone affectée ne protègent pas nécessairement les victimes, mais causent plutôt des ondes de choc multiples, qui amplifient l'effet initial et peuvent renverser des structures.»

Le document ajoute que l'un des autres effets est la vague de chaleur terrifiante qui suit l'explosion du projectile, de l'ordre de 2.500 à 3.000°C, qui dépasse largement son point d'impact et peut elle aussi provoquer d'importants dommages, aux matériels comme aux corps et aux esprits.

Indiscrimination

Les armes thermobariques ne sont pas l'apanage des Russes: si ce sont en partie elles qui ont rasé Grozny en Tchétchénie ou Idlib en Syrie, elles ont également été utilisées par les Américains en Afghanistan pour débusquer les talibans cachés dans des complexes souterrains.

Elles ne sont pas l'apanage des Russes mais elles pourraient faire le malheur absolu des Ukrainiens, militaires comme civils, qui se retrouveraient sous leur feu. Elles feront en tout cas leur frayeur, et c'est sans doute une partie de l'objectif: avant même de tirer la moindre munition, affecter le moral de populations pour l'instant encore vaillantes.

Si jusqu'ici, et comme l'explique The Drive, l'usage des TOS-1A repérés dans la guerre en cours n'a pu être vérifié de manière indépendante, il est fort possible que ces armes infernales entrent en action dans les prochains jours, comme elles l'ont déjà fait ailleurs.

L'inquiétude est d'autant plus grande que les armées de Vladimir Poutine, abandonnant leurs velléités de guerre éclair, semblent se positionner autour des grandes villes pour un conflit de siège de plus longue haleine, et dont les dégâts seront forcément moins discriminés entre forces militaires et populations civiles.

C'est semble-t-il ce qui s'est déjà passé le 28 février à Kharkiv, seconde ville du pays, qui a essuyé une pluie de roquettes et d'obus ayant ravagé une partie de ses installations et, sans doute, fait de nombreuses victimes dans les populations civiles.

«Des dizaines de civils sont en train de mourir, a alerté le gouverneur régional Oleh Sinegubov. Cela se passe en plein jour, quand les gens vont à la pharmacie, acheter de la nourriture, chercher de l'eau potable. C'est un crime.»

Le crime pourrait être plus terrible encore si les armes thermobariques russes font pleuvoir leur feu sur les villes ukrainiennes, comme elles l'ont fait dans le passé à Idlib ou Grozny.

Des bombes à sous-munitions auraient déjà été utilisées par les forces russes, accuse Amnesty International, qui explique qu'elles sont une preuve du mépris des armées russes pour le sort des populations civiles.

Procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan a d'ores et déjà fait savoir qu'il ouvrait une enquête sur les crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui ont pu avoir lieu en Ukraine depuis le déclenchement de la guerre dans le Donbass jusqu'à aujourd'hui, et possiblement dans un avenir proche.

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