En route vers le désastre. | Vasily Maximov / AFP
En route vers le désastre. | Vasily Maximov / AFP

Pourquoi la logistique de l'armée russe en Ukraine est si nulle

L'intendance n'a pas suivi et l'envahisseur en paie le prix.

Pentagone comme gouvernement ukrainien se méfient, sans doute avec quelques raisons, des annonces de retrait du nord de l'Ukraine et de la région de Kiev par les forces armées russes.

Le but affirmé est de pacifier les discussions à Istanbul entre les deux pays en conflit en vue d'un cessez-le-feu. Celui plus honnête paraît tactique: la Russie semble comprendre qu'elle ne pourra dans l'immédiat pas prendre Kiev, et préfère concentrer ses forces dans l'est du pays et la région du Donbass.

Ces mouvements sont donc, en creux, l'aveu d'un échec. La Russie, qui devait fondre en quelques jours sur Kiev et éjecter le président Volodymyr Zelensky de sa position, a complètement loupé son Blitzkrieg et se retrouve embourbée dans une guerre d'attrition qu'elle ne semble plus pouvoir gagner à court ou moyen terme.

L'une des causes de cette déconvenue, pour ne pas dire déculottée, tient à la grande faiblesse de la logistique russe, à laquelle le Washington Post a consacré un article complet.

Premier problème mal estimé par la toute-puissante Russie: l'Ukraine n'a rien d'un petit pays. D'une superficie de 603.548 kilomètres carrés, elle est plus vaste que la France. «Nous pouvons penser que les Russes n'ont pas prévu la logistique nécessaire à un plan B, qui était de mener de vrais et sérieux combats dans le pays le plus grand d'Europe après la Russie», explique Michael Kofman, responsable de la zone pour le think tank américain CNA.

Les forces russes aiment prendre le train, mais elles ne contrôlent pas certains des nœuds ferroviaires les plus importants du pays –quand ce ne sont pas des hackers biélorusses qui leur jouent de vilains tours.

Et parce qu'elle craint la rasputista, cette boue collante et printanière dans laquelle les chars notamment ont tant de mal à progresser, l'armée russe s'est rabattue sur les grandes routes du pays pour faire passer ses immenses convois logistiques, qui doivent effectuer des centaines de kilomètres en allers et retours permanents entre l'arrière des lignes et le front.

Des routes à découvert, des trajets prévisibles et, comme le note le Washington Post, une protection très insuffisante des convois de ravitaillement qui s'étirent à l'infini...

Le cocktail est parfait pour les embuscades, bombardements d'artillerie ou par des drones Bayraktar TB2, que les Ukrainiens ne se privent pas de mener depuis le début de l'invasion, ravageant un nombre ahurissant de chars mais aussi et peut-être surtout de camions de ravitaillement en essence, nerfs de la guerre moderne.

Pas étonnant alors que les discussions régulièrement captées entre militaires russes fassent aussi souvent état de pannes et de manques de carburant –une partie du matériel abandonné en grand nombre le long des routes ukrainiennes l'est peut-être tout simplement parce qu'il est en panne d'essence.

Les pénuries concernent aussi la nourriture. Il a été rapporté qu'il a été fourni à certains soldats russes des rations périmées depuis 2002, et que la Russie se serait tournée vers son partenaire chinois pour lui fournir des repas militaires un peu plus frais.

Logistique en toc

Ces problèmes sont aggravés par le peu de troupes que la Russie alloue au soutien logistique. Selon les calculs du Washington Post, environ 150 des 700 à 900 soldats que compte un bataillon tactique russe classique est dédié au soutien, quand les États-Unis utilisent dix paires de bras pour chaque soldat combattant au front.

Or, les besoins sont énormes: le journal explique qu'en moyenne et tout compris, un soldat a besoin de 200 kilos d'eau, de nourriture, de munitions, de carburant, de matériel médical (les troupes russes souffriraient en masse de terribles engelures) pour pouvoir se battre dans des conditions décentes. Forcément, ça coince quelque part.

Et ça coince également au niveau du commandement et des communications. Le quotidien américain décrit une chaîne hiérarchique beaucoup plus complexe que dans d'autres armées, ce qui ne simplifie pas ce qui doit, en temps de guerre, ne surtout pas être complexe.

Le Washington Post note également, comme nous l'avons déjà fait, la piètre qualité technique des communications côté russe. Elles reposent souvent sur des systèmes non-chiffrés et ouverts à toutes les interceptions ennemies, forçant les hauts-gradés à s'approcher du front pour faire passer leurs ordres auprès de troupes peu aguerries.

Résultat: ils tombent, nombreux. Sept généraux ont déjà trouvé la mort dans le premier mois de la guerre, sans compter des officiers moins haut placé mais tout aussi primordiaux dans l'organisation des troupes au quotidien, également morts au combat.

Il est enfin noté que rien ne va non plus côté matériel. Malmenés comme le sont tous les véhicules du type dans n'importe quel conflit, des chars pas toujours d'une prime jeunesse malgré les efforts de modernisation de l'armée russe ces dernières années, tombent en panne en pleine cambrousse. Les pièces manquent, les Ukrainiens rôdent: ils sont souvent abandonnés, faisant la joie des fermiers du cru.

Plus ou moins paralysée sur le sol, la Russie s'en est donc remise à des attaques à distance, en faisant pleuvoir les missiles sur les troupes, infrastructures ou villes ukrainiennes.

Mais ceux-ci coûtent cher, et l'inventaire de Moscou en la matière n'est pas infini. Selon certains décomptes, l'agresseur commence déjà à manquer de ces précieux projectiles, qui de surcroît et selon le renseignement américain échouent dans leur mission 60% du temps.

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