Ce dont manque l'Ukraine, ce que l'on ne peut lui fournir. | Joaquin Sarmiento / AFP
Ce dont manque l'Ukraine, ce que l'on ne peut lui fournir. | Joaquin Sarmiento / AFP

Pourquoi l'OTAN ne fournit-elle pas des F-16 ou des F-15 à l'Ukraine?

L'idée est pourtant séduisante.

Avant même le début de la guerre en Ukraine, une chose semblait claire: elle allait en grande partie se jouer dans les airs et, compte tenu de la minceur de son armée ad hoc comparée à la toute-puissance de la Force aérienne russe, la prise du pouvoir dans les cieux ukrainiens par cette dernière ne ferait qu'un pli.

Six semaines après le début du conflit, force est de constater que ceux qui voyaient déjà les avions ukrainiens tomber les uns après les autres et laisser la place à leurs rivaux russes se sont trompés: les forces aériennes de Kiev continuent de résister, et font même mieux que ça en infligeant de lourdes pertes à leurs ennemis.

Cela ne fait donc aucun doute: l'armée de l'air ukrainienne est hautement compétente. Mais le problème initial n'a pas changé, voire a empiré: elle manque sérieusement de matériel pour conserver la maîtrise de son ciel et limiter les possibilités des troupes russes au sol.

Il a un temps été question de transférer à l'Ukraine des Su-27 et MiG-29 des stocks de pays membres de l'OTAN, comme la Pologne, mais la manœuvre s'est transformée en un imbroglio politique et stratégique auquel les États-Unis ont fini par mettre leur veto.

Cela n'empêche pas le gouvernement ukrainien de continuer de réclamer à cor et à cri la fourniture urgente de nouveaux chasseurs et bombardiers, qu'il estime légitimement indispensable à sa défense face à l'agresseur.

Fin mars, la Force aérienne ukrainienne réclamait ainsi publiquement sur Twitter des F-15 et des F-16 («la quatrième génération serait suffisante»), affirmant au passage que ses pilotes n'auraient besoin que de deux ou trois semaines d'entraînement pour pouvoir les piloter.

Les choses, malheureusement et comme l'explique Business Insider, sont loin d'être aussi simples. Tous deux de conception et de fabrication américaines, le F-16 et le F-15 sont d'excellents appareils, qui offriraient sans doute un boost appréciable aux forces ukrainiennes, dont les Su-27 et MiG-29 sont vieillissants et n'ont pas été «upgradés» comme ceux des Russes.

Produits en très grandes quantités, vendus en nombre de même magnitude dans le monde entier, les appareils ne manquent pas et il serait sans doute facile, toute chose étant relative par ailleurs, d'en dégoter quelques-uns pour les offrir ou les vendre à Kiev.

Pas si simple

Mais ensuite? Mais ensuite, les choses se corsent, très sérieusement. L'entraînement d'abord. Un pilote de chasse est un as, capable de voler dans n'importe quel appareil. Nul doute que deux à trois semaines d'apprentissage suffiraient aux aviateurs ukrainiens pour prendre les cieux avec leurs nouveaux F-16 ou F-15 sans s'écraser dans la minute.

Mais pour des missions plus complexes, et en combat? C'est une tout autre paire de manches. Comme le note Business Insider, l'US Air Force dispose d'un programme permettant à un pilote déjà habitué à d'autres aéronefs américains (ce que ne sont pas les aviateurs ukrainiens) de prendre le manche d'un F-16: ces cours de base ne prennent pas deux à trois semaines, mais six au total.

Et ces six semaines intensives ne servent qu'à apprendre les bases de l'appareil. Pour des missions de combat, en particulier à très haut risque comme aller frapper des cibles ou abattre des agresseurs derrière les lignes voire en territoire ennemi, chose indispensable pour établir une véritable zone d'exclusion aérienne, ce serait sans doute largement insuffisant.

Mais ce n'est pas tout. Faire voler un appareil est une chose. Le préparer pour le combat, l'entretenir, le réparer en est une autre. Cela réclame beaucoup de monde (une moyenne de vingt-cinq personnes au sol pour un seul F-15 ou F-16 en vol, selon les chiffres de Business Insider). Cette moyenne de vingt-cinq personnes concerne l'armée de l'air américaine, et il est bien sûr possible de faire avec moins –mais en temps de guerre, les besoins sont à l'évidence nombreux.

En outre, ce personnel au sol doit également être formé à la manipulation, la préparation, la vérification, la réparation de ces complexes nouvelles machines, nouveaux moteurs, nouveaux armements, toutes ces nouvelles choses dont il ignore logiquement pour l'instant à peu près tout. Une formation qui dure dix-huit mois aux États-Unis.

Enfin, il y a le problème de la compatibilité matérielle des armements. L'armée de l'air ukrainienne opère jusqu'ici des appareils de l'ex-URSS. Missiles, bombes, roquettes ou canons sont issus de ce système.

Passer sur des avions occidentaux signifierait changer intégralement cette matrice –comme passer d'un PC sous Windows à un Mac, avec la pression de la guerre et le frisson de la mort en plus. Là aussi, il faut former les personnels au sol, et organiser une toute nouvelle logistique pour ces munitions inédites mais évidemment indispensables.

Bref, pour quiconque souhaite procurer des armements à l'Ukraine et l'aider dans sa résistance face à la Russie, l'idée de lui fournir des F-16 ou des F-15 est séduisante sur le papier, mais semble à court terme tout à fait irréaliste. Plus, en tout cas, que l'hypothèse du transfert de MiG-29 polonais ou bulgares –peut-être faudra-t-il y revenir dans les prochaines semaines.

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