Les troupes ukrainiennes lors d'exercices dans la zone de Tchernobyl, début février 2022. | Sergei Supinsky / AFP
Les troupes ukrainiennes lors d'exercices dans la zone de Tchernobyl, début février 2022. | Sergei Supinsky / AFP

Tchernobyl, Donbass: vers un désastre environnemental permanent en Ukraine?

L'inquiétude des experts, et un pays rayé de la carte.

Le 24 février en fin d'après-midi, heure française, la nouvelle tombait et faisait un peu plus pénétrer la guerre en Ukraine dans le royaume très malaisant d'une catastrophe surréaliste.

Après quelques heures d'un combat semble-t-il acharné, et comme prophétisé par certains observateurs il y a quelques semaines, les forces russes se sont emparées de Tchernobyl et de la zone d'exclusion radioactive qui l'environne.

Cette capture, qui laisse le sarcophage contenant la catastrophe de 1986 dans un état encore inconnu, s'accompagnerait d'une prise d'otages du personnel de la centrale et des installations environnantes, faisant fulminer Washington.

Mais le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, n'hésitait pas à parler d'une déclaration de guerre à l'Europe toute entière, elle aussi prise en otage par cette capture russe d'un lieux qui n'est pas seulement le symbole éteint des dangers du nucléaire, mais qui reste le lieux de dangers actifs et indicibles pour le continent dans son ensemble.

«Si le dépôt était détruit par des frappes d'artillerie de l'adversaire, la poussière radioactive recouvrirait l'Ukraine, le Bélarus et les pays de l'UE», écrivait ainsi sur Telegram le conseiller du ministère de l'Intérieur Anton Guerachtchenko, selon BFMTV.

Mais comme le relate Motherboard, ces craintes n'ont rien d'une dramatisation de la situation par les autorités ukrainiennes destinée à pousser la communauté internationale à réagir. Elles sont largement partagées par certains experts, et vont bien au-delà du cimetière nucléaire de Tchernobyl.

Il est ainsi craint qu'au désastre humain et politique de l'invasion décidée par Vladimir Poutine ne s'ajoute une catastrophe environnementale de grande ampleur et peut-être permanente pour une partie du continent européen.

Ces peurs concernent Tchernobyl, bien sûr, mais également les quinze réacteurs nucléaires en service que compte l'Ukraine, la seconde plus grande puissance atomique civile européenne.

C'est la première fois qu'un tel conflit se déroule dans un pays où sont situées de telles centrales actives, comme celle de Zaporizhzhia, la deuxième plus grande en Europe, faisant naître de vives inquiétudes chez les cadres de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Rayé de la carte

Au-delà des centrales atomiques, les inquiétudes se concentrent également sur le Donbass, région fortement industrialisée, bourrée d'usines chimiques à haut risque, d'installations métallurgiques bourrées de déchets ou de vieilles mines de charbon problématiques, et que Bellingcat qualifiait déjà de «bombe à retardement toxique» en 2017.

Les mines abandonnées du Donbass en particulier inquiètent les experts: le Telegraph britannique n'hésite pas à parler de «second Tchernobyl» potentiel à propos de ces installations.

Délaissées par les séparatistes pro-russes gérant la zone depuis quelques années, ces mines se remplissent peu à peu d'eau et pourraient déverser dans les nappes phréatiques de vastes quantités de toxines et de produits hautement toxiques. Voire des substances radioactives: ancien site de tests nucléaires sous l'ère soviétique, la mine de Yunkom inquiète les observateurs depuis des années.

«L'est de l'Ukraine est lourdement industrialisée, pleine d'usines chimiques, de mines laissées à l'abandon et de centrales thermiques. Le potentiel pour une catastrophe environnementale venant s'ajouter à l'horrifique crise humanitaire est énorme», a ainsi prévenu Richard Pearshouse, spécialiste de la question pour Amnesty International à Genève.

Pire, cette catastrophe environnementale et potentiellement nucléaire, donc permanente, pourrait être volontairement provoquée par la Russie de Vladimir Poutine et faire partie de ses plans à long terme.

«Transformer l'Ukraine en une zone dystopique criblée de zones radioactives d'exclusion serait une méthode extrême pour obtenir la zone défensive que Vladimir Poutine semble souhaiter. La gestion d'une crise migratoire massive et d'un tel désastre environnemental paralyserait l'Europe pendant des années», prévenait ainsi dans Forbes, en décembre 2021 l'analyste Craig Hooper.

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