Une tranchée du Camp Century en pleine construction au Groenland, en 1960. | U.S. Army via Wikimedia Commons

Une tranchée du Camp Century en pleine construction au Groenland, en 1960. | U.S. Army via Wikimedia Commons

Quand les États-Unis construisaient une base nucléaire grand luxe sous le Groenland

Un vrai repère glacé pour méchant de «James Bond».

«Ce sera le foyer –douillet, confortable et chaud– de 100 scientifiques, ingénieurs et soldats attendus cette année. Après une dure journée de travail, ils pourront se relaxer avec des cocktails rafraîchis par de la glace creusée si profondément qu'elle s'est formée bien avant que Christophe Colomb ne découvre l'Amérique.»

À l'occasion de ses 150 ans, le média Popular Science revient sur ses articles les plus marquants, glorieux et moins glorieux, dont ce reportage publié en 1960 à propos du Camp Century, une luxueuse base américaine creusée sous la glace du Groenland.

À la fin des années 1950, les États-Unis avaient en effet lancé le projet Iceworm («ver des glaces»), une base scientifique et militaire officiellement destinée à la recherche polaire.

Très ambitieuse, l'installation était constituée de vingt-et-un tunnels de glace pour un total de 3 kilomètres de tranchées de 8 mètres de haut sur 8 de large. Le tout à un millier de kilomètres seulement du Pôle Nord.

Avec le recul, Popular Science souligne que leur journaliste, Herbert O. Johansen, avait soigneusement évité un sujet qui paraît pourtant évident. En pleine Guerre froide, difficile à croire que cacher sous la glace des dizaines de militaires dans une base aussi proche de la Russie puisse ne revêtir qu'un intérêt purement scientifique.

Silo atomique cinq étoiles

Le reportage de 1960 se concentre en grande partie sur la prouesse technologique prouvant que «l'Arctique peut être dompté» et sur le confort offert aux résidents.

Popular Science promettait en effet que «la nourriture sera la meilleure et les steaks en abondance» et qu'«un barbier gardera les hommes propres et nets». Sans parler des télévisions, des salles de jeu, du gymnase ou du cinéma.

Car dans cette base secrète digne du repaire d'un méchant de James Bond, aucun laser géant n'était prévu, mais des armes bien réelles et tout aussi destructrices. Le projet Iceworm était en réalité un réseau de sites de lancement de missiles nucléaires capables d'atteindre l'URSS et de résister à une première frappe atomique.

L'idée du Pentagone était de disposer au Groenland de 600 missiles balistiques Minuteman à tête nucléaire et de les faire circuler entre 2.100 silos secrets dissimulés sous les glaces de l'Arctique, afin de brouiller les pistes du renseignement soviétique. Le tout, c'est à noter, sans avoir obtenu l'accord du Danemark, dont dépend pourtant le Groenland.

Finalement, le Pentagone s'est aperçu que la structure glacière ne pouvait pas accueillir de telles bases, et Iceworm a été définitivement abandonné en 1967.

Mais des déchets nucléaires provenant du réacteur qui alimentait Camp Century en énergie ont été laissés sur place. Or, la fonte des glaces est petit à petit en train de révéler les restes du camp, et l'île s'inquiète sérieusement de la radioactivité qui pourrait en découler.

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