Des batteries anti-aériennes dans la capitale britannique, en 1944. | AFP

Des batteries anti-aériennes dans la capitale britannique, en 1944. | AFP

Les scientifiques américains qui ont sauvé Londres des V-1 nazis

Seule une arme révolutionnaire pouvait battre une arme révolutionnaire.

Le 13 juin 1944, Londres essuie un énième bombardement allemand. Mais cette nuit-là, quelque chose est différent: la capitale anglaise est survolée par un appareil inconnu, un avion plus petit et plus rapide qu'un chasseur.

L'armée nazie inaugure en réalité le V-1 («V» pour «Vergeltungswaffe», soit «arme de représailles» en allemand), le premier missile de croisière au monde. Le projectile est équipé de petites ailes et d'un moteur qui lui permettent de parvenir jusqu'à sa cible sans pilote.

Cet ancêtre des drones est peu précis, mais sa taille et sa vitesse le rendent très difficile à annihiler par les batteries anti-aériennes britanniques.

À l'époque, pour abattre un engin volant avec un canon au sol, il existe deux méthodes, développe le journaliste et auteur Jamie Holmes dans son livre 12 Seconds of Silence: soit il est touché directement, soit une munition explosive détonne suffisamment près du missile visé pour le faire exploser en vol.

Seulement, les V-1 se déplacent dans l'air à 670 kilomètres par heure: les deux techniques sont rendues très hasardeuses par cette vélocité inédite.

Première munition intelligente

Heureusement pour Londres, les plans du V-1 étaient parvenus le 3 mars 1944 à un laboratoire de recherche américain. Les alliés ne connaissaient pas encore son fonctionnement exact, mais ils avaient compris qu'ils auraient à gérer des aéronefs explosifs non habités.

Grâce à ces bribes de savoir, les ingénieurs parviennent à développer en quelques jours une fusée de proximité, une solution déjà éprouvée contre les redoutables avions Zéro japonais.

Le missile anti-missile s'appuie sur une technologie précédemment inventée par les scientifiques, qui ne disposaient d'aucune connaissance militaire préalable. Dirigée par le physicien Merle Tuve, l'équipe travaillait sur son prototype depuis 1940 avec des canons artisanaux –elle n'était pas habilitée à manier de vraies armes.

Les fusées de proximité sont des munitions qui, plutôt que d'être équipées d'un minuteur ou d'un altimètre, n'explosent qu'au voisinage immédiat de leur cible. Elles utilisent un signal radio déclenchant la déflagration lorsqu'il rebondit sur sa cible. Dans les années 1940, faire entrer un émetteur radio dans de si petites machines était un miracle de miniaturisation.

Merle Tuve est dépêché dans les plus brefs délais au Royaume-Uni pour entraîner les soldats britanniques. Avant la mise au point de son arme, les batteries anti-aériennes classiques de Londres abattaient 9% des V-1. La première semaine de son déploiement, elles en détruisent 17%.

Au fil des semaines, alors que le physicien continue de perfectionner ses fusées, le résultat grimpe à 24%, 46%, 67% puis 79%. En septembre 1944, Londres est protégée des attaques de V-1.

Le général Frederick Pile, qui dirigeait alors le commandement anti-aérien de l'armée de terre britannique, affirmera par la suite «avoir plus appris sur le potentiel des armes anti-aériennes en quatre-vingts jours que lors de ces trente dernières années».

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