Lucy, l'héroïne de The Wolves in the Walls, en train d'interagir avec un humain. | Capture d'écran Fable
Lucy, l'héroïne de The Wolves in the Walls, en train d'interagir avec un humain. | Capture d'écran Fable

Les IA vont-elles révolutionner la narration?

Un studio voudrait créer un rapport entièrement nouveau entre public et personnages.

Les intelligences artificielles (IA) s’infiltrent, petit à petit, dans notre quotidien. Elles peuvent servir à surveiller la population comme à détecter un cancer, à assister la police comme à créer des parfums. Si toutes ces applications diffèrent les unes des autres, elles partagent un point commun: les IA sont destinées à servir les humains en se substituant à eux.

C’est de cette caractéristique que l’on doit s'affranchir si l'on souhaite faire de l’IA le prochain art véritable, estime Edward Saatchi. Saatchi est le directeur de Fable, un studio de films conçus pour la réalité virtuelle. À l’occasion du festival de Sundance, qui se déroule du 24 janvier au 3 février dans l’Utah, Fable a annoncé changer son domaine de réflexion principal pour se focaliser sur l'IA –et, plus précisément, sur la création «d’êtres virtuels», soit des personnages entièrement contrôlés par une intelligence artificielle.

Les sciences ou l'art d'interagir

Les grandes œuvres de fictions reposent souvent sur de bons protagonistes, authentiques et étoffés. Pour qu’une IA atteigne une telle qualité, elle doit s’éloigner du modèle que l’ont connaît aujourd’hui, explique Saatchi dans une entrevue avec The Next Web. Siri ou Alexa, les assistants vocaux d’Apple et Amazon, sont des serviteurs, conçus pour se plier au moindre désir de leurs possesseurs. «Personne ne veut fréquenter quelqu’un qui fait tout ce que vous lui demandez. L’amitié demande de la friction», précise Saatchi. La clé pour réussir un bon personnage serait, selon lui, de lui imposer des limitations et de le forcer à rester «lui-même».

Le studio planche en ce moment sur sa première création, une adaptation du livre pour enfants The Wolves in the Walls, auquel il veut donner vie à travers l'héroïne principale, Lucy. Elle sera capable de vous suivre du regard, de se souvenir de ce que vous lui avez dit et d’interagir avec vous. Mais ce seront ses refus et tout ce qu’elle ne sera pas capable de faire qui la rendront plus «humaine».

L’idée n’est toutefois pas de faire passer un test de Turing à Lucy. Car élaborer un être de fiction suppose un apport artistique et nécessite que ses actions et son comportement dirigent la narration de l’histoire dans laquelle il s’inscrit.

L’objectif de Saatchi en utilisant une IA n’est pas de créer une personne qui semble réelle mais de connecter le public avec un personnage (qui peut être modelé sur ceux d'autres médias) afin qu'ils interagissent en se passant d'intermédiaire. Un type de relation que l'on peut retrouver dans certains jeux vidéo, mais que les narrations classiques de la littérature ou du cinéma ne permettent sans doute pas.

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