L'état de la recherche et des développements de cette technologie ne lui permet pas encore d'être polyvalente. | Matan Segev via Pexels

L'état de la recherche et des développements de cette technologie ne lui permet pas encore d'être polyvalente. | Matan Segev via Pexels

Au fait, savez-vous vraiment ce qu'est une IA?

L'intelligence artificielle risque de devenir un argument marketing comme un autre.

L'intelligence artificielle est partout. Le secteur des hautes technologies explique à qui veut l'entendre que les machines intelligentes sont notre futur commun. Google est passé de «mobile first» à «AI first». Amazon veut faire de l'IA le cœur de son système.

Beaucoup d'entreprises affirment l'utiliser comme si c'était une technologie strictement définie. Seulement, si l'IA est mise à toutes les sauces, sa définition reste assez floue. Pour le Larousse, elle consiste en un «ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l'intelligence humaine».

«À ce stade, l'intelligence artificielle est une aspiration, elle reflète un objectif», explique Trevor Darrell, qui étudie le sujet à Berkeley et pour le Darpa, une agence de recherche du département de la Défense des États-Unis. Il voit l'IA comme un terme parapluie, qui englobe différentes technologies –notamment les algorithmes, que l'on confond souvent avec une intelligence purement robotique.

Pour cette raison, elle peut avoir une connotation extrêmement différente en fonction de la personne qui en parle. Permettre aux machines de simuler l'intelligence humaine est un dilemme philosophique. Quelle est la morale du mythe de Prométhée? Lorsqu'il vole le feu sacré de l'Olympe, commet-il une faute d'orgueil qui le mène à sa perte ou bien permet-il à l'espèce humaine de se transcender?

Même les leaders de la Silicon Valley sont divisés sur le sujet. En janvier 2018, le PDG de Google, estimait que l'«IA est le projet le plus important sur lequel l'humanité est en train de travailler. Elle promet des changements plus profonds que l'électricité ou le feu».

Elon Musk pense au contraire que, «avec l'IA on est en train d'invoquer le diable. Vous voyez ces histoires où l'on voit un type tracer un pentagramme en assurant qu'il va pouvoir contrôler le démon? Souvent, ça ne marche pas».

Argument marketing

Le vague de cette définition permet aux entreprises de promouvoir leurs produits en utilisant les représentations véhiculées par cette technologie de pointe dans l'espoir de se donner une image à la fois révolutionnaire et futuriste.

Oral-B vend depuis peu la Genius-X, une brosse à dents électrique à plus de 200 euros dotée de «technologie IA». En réalité, des capteurs détectent où et combien de temps vous passez à vous brosser les dents, puis une application vous donne des conseils.

La technologie en question peut-elle simuler l'intelligence d'un dentiste? Oui. Est-elle conforme à ce que le public attend lorsqu'on lui vend de l'IA? Rien n'est moins sûr.

Polyvalence

Un autre problème lié à l'emploi des termes intelligence artificielle tient à l'une de ses caractéristiques: sa polyvalence. Nous sommes capables d'accomplir de nombreuses actions et de nous adapter à des situations variées.

Or, les IA sont encore très loin d'être multitâches. Une intelligence artificielle passe un cap lorsque son efficacité parvient à outrepasser celles des êtres humains. Quand elle y parvient, ce n'est généralement que dans un domaine bien précis.

Prenons une IA bien connue: AlphaGo. Ce programme est conçu pour jouer au jeu de go, un exercice complexe qui a été longtemps dominé par des pros en chair en os.

Lorsqu'en 2016 et 2017, ce système informatique a battu à plusieurs reprise les meilleurs joueurs mondiaux, le Monde parlait d'une «victoire historique» pour l'IA, qui décrochait son Graal. Reste qu'AlphaGo ne sait accomplir que cette tâche unique, bien que ses talents de stratège aient été utilisés afin de battre des êtres humains à Starcraft.

Une autre IA commence à se faire un nom: le machine learning, un logiciel qui se forme lui-même à partir des données à qui lui ont été fournies. Plutôt que de lui dire ce qu'est un chat en se basant sur notre perception humaine, on lui fournit des milliers de photos de chats afin qu'il se fasse ses propres critères et apprenne de lui-même à les reconnaître.

Ce type d'intelligence artificielle permet de simuler la manière dont une personne déduit et apprend. C'est une prouesse technologique. Mais là encore, l'algorithme ne peut faire que ce pour quoi il a été entraîné.

Cela fait relativiser les déclarations grandiloquentes de Musk ou Pichai. Si l'on considère qu'une IA est une machine capable de simuler l'intelligence humaine, la recherche n'en est qu'à ses balbutiements et avance à coup de tentatives qui ne peuvent être que partielles.

Qu'on en trouve d'encourageantes, de très utiles ou d'impressionnantes ne doit pas occulter le fait que ces systèmes sont encore très loin d'être aboutis. Surpasser l'être humain dans un domaine précis pour l'assister efficacement ou lui voler son travail est déjà de l'ordre du réel. Quant à Skynet et Matrix, ce n'est pas pour tout de suite.

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