Les «dark patterns», ou le côté sombre de la force du web. | Elisabeth Pieringer via Unsplash
Les «dark patterns», ou le côté sombre de la force du web. | Elisabeth Pieringer via Unsplash

Les dark patterns empoisonnent internet

Une proposition de loi déposée au Sénat américain entend interdire l’usage des dark patterns, des techniques utilisées pour tromper et manipuler les internautes.

Même si leur nom ne vous dit rien, il est fort probable que vous ayez déjà eu affaire aux dark patterns sous leurs différentes formes: pop-ups intempestives, désabonnement ou suppression de compte rendue quasi impossible par une multitude d'étapes, cases précochées, nécessité d'entrer ses coordonnées bancaires pour bénéficier d'une offre gratuite, etc.

Les méthodes et petites techniques perverses sont multiples, et nous en sommes victimes en permanence –de manière souvent totalement inconsciente.

Les cafards du web

Le bien nommé site Dark Patterns dresse une liste non exhaustive des différents types de manipulation par le design, comme les ajouts involontaires dans le panier ou le privacy zuckering, qui vous pousse à en dire plus sur vous que vous ne le souhaiteriez. Un hall of shame est même réservé aux pires de ces petits pièges vicieux.

D'après le spécialiste en expérience utilisateur (UX) Harry Brignull, qui a inventé le terme et créé le site associé, les dark patterns ressemblent à ces motels attrayants car bon marché, mais qui se révèlent infestés de cafards: «Il est facile d'y entrer, mais très difficile d'en sortir», écrit-il.

Le «roach motel» a d'ailleurs donné son nom aux dark patterns qui transforment en parcours du combattant votre désinscription d'une liste ou la résiliation de votre compte sur un site.

Bientôt illégaux?

La sénatrice du Nebraska Deb Fischer et le sénateur de Virginie Mark Warner ont déposé une proposition de loi visant à interdire ces pratiques. Surnommé le DETOUR Act (pour Deceptive Experiences To Online Users Reduction), leur texte vise à rendre illégale l'utilisation de dark patterns pour les plateformes comptant plus de 100 millions d'utilisateurs et utilisatrices actives par mois. Il leur serait alors interdit de concevoir ou de modifier le design d'une interface dans le but de tromper les internautes.

Si la proposition de loi est acceptée, de nombreuses entreprises devront repenser de fond en comble leur business model.

D'après Mark Warner, l'heure est au changement: «Depuis des années, les réseaux sociaux s'appuient sur toute une panoplie d'outils et d'astuces pour contraindre les utilisateurs à communiquer leurs données personnelles sans vraiment comprendre ce à quoi ils consentent. Notre but est simple: instiller davantage de transparence dans ce qui reste aujourd'hui un marché très opaque et faire en sorte que les consommateurs soient en mesure de prendre des décisions avisées sur la manière et le moment de partager leurs informations.»

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