À défaut de pouvoir mettre une photo de pénis, on peut toujours compter sur les aubergines. | Charles Deluvio via Unsplash
À défaut de pouvoir mettre une photo de pénis, on peut toujours compter sur les aubergines. | Charles Deluvio via Unsplash

Dessiner des bites, un acte de résistance contre Google

Des designers ont parodié une IA de Google pour exposer l'idéologie se cachant derrière les choix des géants du web.

Pour entraîner une intelligence artificielle à reconnaître des objets, Google a eu l'idée en 2016 de lancer Quick, Draw!, un jeu de Pictionary 2.0 où l'on vous demande de dessiner une montgolfière, une vache ou un hôpital en vingt secondes, qu'un algorithme doit identifier.

L'intelligence artificielle s'est enrichie des millions de croquis dessinés par les internautes du monde entier, que Google a publié dans une base de données open source –attention, il est facile de s'y perdre longtemps. L'initiative révèle quels objets (portes, haches) sont dessinés à peu près tout le temps de la même manière et lesquels bénéficient d'interprétations différentes (visages, dragons).

Cachez cette verge que je ne saurais voir

Quick, Draw! propose de dessiner 345 objets quotidiens, animaux ou lieux différents que son IA est capable de deviner. Mais Google a délibérement omis certains croquis pourtant simples à tracer: pas de cigarette, d'armes ou de parties génitales.

Mandatés par la Mozilla Foundation, les designers du studio Moniker ont tourné en ridicule ce choix en mettant en place un détecteur de pénis parodiant le jeu de Google.

Comme sur Quick, Draw!, l'IA de leur site peut détecter et nommer ce que vous êtes en train de gribouiller. Mais si vous dessinez un pénis, elle va automatiquement l'effacer en vous rappelant qu'il ne faut pas «aller trop loin avec sa liberté d'expression» et que les IA sont là pour améliorer internet en filtrant ce genre de contenu. Si vous vous obstinez, la machine devient carrément folle.

La morale, c'est pas automatique

Pourquoi cette obstination phallique? Parce que dessiner un pénis est souvent le choix de prédilection des jeunes (et des moins jeunes) hommes sans talent artistique ni inspiration, mais avec un stylo dans la main.

La preuve, on retrouve ce motif graffé au Royaume-Uni sur le mur d'Hadrien, construit il y a 1.800 ans, ou tracé «accidentellement» dans le ciel d'Arizona par des pilotes de l'US Air Force à bord de leurs avions de chasse.

Le choix du pénis est également –cet article en est la preuve– un excellent moyen pour que l'on parle du projet.

Là ou la Fondation Mozilla marque un sérieux point, c'est qu'elle rappelle à quel point les conditions d'utilisation des réseaux sociaux, que l'on pourrait de prime abord envisager comme une succession de termes neutres, sont marquées idéologiquement et culturellement.

C'est bien la conception puritaine de la morale, à l'américaine, qui est unilatéralement imposée à tous les pays et toutes les cultures où les géants de la tech font florès.

De la même manière, l'interdiction faite aux femmes et non aux hommes de poster des photos de tétons a largement été commentée.

La parodie des designers de Moniker vise également à mettre en lumière le rôle des intelligences artificielles dans la modération. Plus elles sont impliquées, plus les internautes s'autocensurent: on sait qu'il est impossible d'échapper à la machine, tout comme il est impossible de discuter avec elle.

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