Le «skunk» israélien en action, en 2016 dans les territoires occupés. | Jaafar Ashtiyeh / AFP
Le «skunk» israélien en action, en 2016 dans les territoires occupés. | Jaafar Ashtiyeh / AFP

«L'eau de putois», l'arme pestilentielle d'Israël dans les territoires occupés

La répression par la puanteur, inventée par la start-up Odortec.

Alors que les tirs israéliens sur la bande de Gaza ont déjà fait fait près de 220 morts côté Palestinien depuis le 10 mai 2021, l'armée a également recours à une arme tout aussi redoutée par la population: une eau pestilentielle qui imprègne la peau et les vêtements, dégage une odeur insoutenable et empeste les rues pendant des jours.

Ce liquide malodorant appelé «skunk» (putois) a été développé par une start-up israélienne nommée Odortec, qui l'a testée pour la première fois en 2008 lors de la guerre de Gaza.

Dégageant une odeur entre «la mixture d'excréments» et le «singe en décomposition», elle est décrite comme une «arme de contrôle» et a officiellement un but de dissuasion.

Bien qu'elle ne révèle pas sa composition, Odortec affirme qu'il s'agit d'un produit «100% à base d'ingrédients naturels» (dont on imagine qu'il ne s'agit pas de pétales de fleur) et «100% biodégradables».

Dit comme ça, cela paraît en effet anodin. Sauf que comme l'explique Al Jazeera, la mixture peut en réalité causer des nausées, des difficultés respiratoires, de violents haut-le-cœur et des vomissements.

Sur la notice du produit, il est aussi précisé que le skunk peut entraîner des irritations de la peau, ainsi que douleurs oculaires et intestinales. De plus, l'eau expulsée sous la haute pression du canon a déjà occasionné de sérieuses blessures, rapportent plusieurs témoins.

Odeur persistante

L'odeur répugnante persiste des jours voire des semaines sur les vêtements et les murs. En aspergeant massivement la population et les quartiers palestiniens, Israël pratique une sorte de «punition collective» en empêchant l'ouverture des commerces et en obligeant des familles à quitter leurs logements devenus invivables, s'offusque Al Jazeera.

Une accusation déjà formulée en 2014 lors de la précédente insurrection par l'Association des droits civils en Israël. Cette dernière décrivait des écoles, des maisons et des boutiques qui avaient dû garder leurs portes fermées longtemps après les manifestations.

Si peu ragoûtant soit-il, le petit business d'Odortec se porte à merveille, non seulement en Palestine mais aussi à l'exportation. Aux États-Unis, le skunk est distribué par Mistral Security, qui recommande son utilisation «aux abords de frontières, des établissements correctionnels, dans les manifestations et les sit-in».

Plusieurs services de police l'ont déjà acheté, dont celui de St. Louis qui l'avait utilisé à la suite des émeutes de Ferguson contre le racisme en 2015. La compagnie commercialise a en outre un «savon spécial», seul à même de se débarrasser de l'odeur.

Mais elle n'est désormais plus la seule sur ce marché très lucratif: en 2018, les CRS français avaient aspergé les manifestants du 1er mai «d'un mélange de poudre de cornes et de sabots de bovins, assaisonnée de plumes broyées, diluées dans du sang, le tout mâtiné de protéines de pétrole», raconte le Parisien. Un produit censé servir contre les incendies, mais dont l'usage avait alors été savamment détourné.

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