En photo Buzz Aldrin, derrière l'objectif Neil Armstrong: la conquête de la Lune fut le point d'orgue de la bataille pour l'espace que se livrèrent États-Unis et URSS. | History in HD via Unsplash
En photo Buzz Aldrin, derrière l'objectif Neil Armstrong: la conquête de la Lune fut le point d'orgue de la bataille pour l'espace que se livrèrent États-Unis et URSS. | History in HD via Unsplash

Les pionniers de la conquête spatiale: derrière la Guerre froide, la guerre des étoiles

Les histoires du premier satellite, du premier animal puis du premier homme envoyés dans l’espace.

SpaceX, Blue Origin, colonisation de Mars, minage d'astéroïdes: l'espace est le nouvel eldorado. Comment en sommes-nous arrivés là? Premier épisode de notre série sur la conquête spatiale, avec le match États-Unis contre URSS.

Au soir du 4 octobre 1957 s’élance depuis les steppes du Kazakhstan le premier satellite artificiel. Cette petite sphère argentée de 58 centimètres et de 84 kilos, baptisée Spoutnik («satellite» ou «compagnon de route» en russe) a pour unique fonctionnalité l’émission d’un modeste bip-bip. Elle marque pourtant les débuts de la conquête spatiale.

Le «Flopnik» américain

Aux États-Unis, la nouvelle fait l’effet d’une bombe: le géant soviétique a désormais les moyens d’attaquer le pays avec des missiles nucléaires. La riposte ne se fait pas attendre. Deux mois après le triomphe de Spoutnik, le satellite Vanguard TV3 est prêt à être mis en orbite. Les caméras du monde entier sont conviées pour l’occasion. Mais deux secondes après son décollage, alors qu’elle n’est encore qu’à un mètre du sol, la fusée qui doit lancer le satellite explose.

Le lancement raté de Vanguard TV3 –de grands rires ont été entendus au Kremlin, le 6 décembre 1957 et les mois suivants.

Les Soviétiques se gaussent et la presse internationale ironise sur le fiasco de l’appareil américain à qui elle donne le petit nom de «Kaputnik» ou de «Flopnik». L’échec est d’autant plus cuisant qu’en novembre de la même année, les Soviétiques réussissent un nouvel exploit en envoyant un être vivant dans l’espace, la chienne Laïka, à bord de Spoutnik 2.

Paradoxalement, l’échec de «Flopnik» va lancer la carrière de Wernher Von Braun. Ce pionnier allemand de l’astronautique est le concepteur du V2, la fusée-missile utilisée par les nazis, et fait partie des «pièces rapportées» de l’opération Paperclip. Orchestrée par les Américains à l’issue de la guerre, celle-ci consista à recruter et à exfiltrer vers les États-Unis près de 1.500 scientifiques allemands, spécialistes notamment des armes chimiques ou des missiles balistiques.

Finalement, le 31 janvier 1959, sous la supervision de Von Braun, l’Amérique envoie son premier satellite dans l’espace: Explorer 1. Six mois plus tard est créée la Nasa, et Von Braun y prend la direction du centre de vol spatial. Personnage fortement médiatisé, il reste pourtant honni par une partie de l’opinion publique, qui lui reproche son passé de SS. Lui préfère se présenter comme «apolitique». Une posture moquée par Tom Lehrer, auteur-compositeur américain qui lui consacre une chanson.

La chanson de Tom Lehrer, en «l'honneur» de l'inventeur du V2 depuis devenu américain, Wernher Von Braun

A contrario, son rival soviétique est un fantôme. L’ingénieur Sergueï Korolev, victime des purges staliniennes, sort du goulag en 1944 pour diriger le programme spatial russe. Les Soviétiques gardent son identité secrète. Sur la base de Baïkonour, ses collègues et collaborateurs ont d’ailleurs pris pour habitude de l’appeler par ses initiales «SK». Ce n’est qu’à sa mort, en 1966, que le responsable de la conquête spatiale russe se verra donner un nom et un visage.

Hagard après huit mois passés dans la prison de Boutyrka, Sergueï Korolev deviendra le patron (secret) de la recherche spatiale soviétique. | Archives du NKVD

Youri Gagarine, le pionnier

En 1959, les équipes de Korolev envoient la première sonde spatiale sur la surface de la Lune. C’est un nouveau triomphe pour l’aérospatiale soviétique, mais leur coup de maître reste encore à venir. Depuis un an déjà, des recruteurs sillonnent les bases aériennes de toute l’URSS afin de dégoter la perle rare: le premier homme à envoyer dans l’espace. Un projet classé top secret –les candidats eux-mêmes ignorent ce qui les attend.

Après une sélection ardue, le nombre des prétendants passe de 2.000 à seulement 20. Mais le plus dur reste à venir: durant plusieurs mois, ils sont soumis à une batterie de tests dont certains s’apparentent à de la torture. L’expérience de privation d’oxygène est particulièrement éprouvante: les futurs cosmonautes sont enfermés dans une pièce de laquelle l’air ambiant est progressivement pompé. La plupart d’entre eux finissent par s’évanouir.

Le choix se porte finalement sur Youri Gagarine, pilote de chasse âgé de 26 ans. Avec son petit mètre cinquante-huit, il possède un atout de taille pour entrer dans l’étroit cockpit du Vostok, le vaisseau qui doit le propulser dans l’espace. Lors de la sélection, Gagarine brille par ses capacités physiques et fait montre de sang-froid.

Il apparaît comme un homme humble, souriant, apprécié de ses collègues et de ses supérieurs. Son principal concurrent, Guerman Titov, aurait eu contre lui son côté revêche et son appartenance à la classe moyenne. Gagarine vient, lui, d’un milieu modeste, un symbole fort pour l’idéal soviétique.

Pour la première fois, l'humanité envoie un homme dans l'espace.

Un lointain voyage d’affaires...

Le mercredi 12 avril, peu avant 9 heures du matin, Gagarine prend place à bord du Vostok. Le décollage s’effectue dans les meilleures conditions et neuf minutes après le lancement, le vaisseau entre en orbite. Le cosmonaute ressent les effets de l’apesanteur et perd toute notion de vitesse, alors qu’il est transporté à quelque 28.000 km/h. À travers le hublot du Vostok, il aperçoit les nuages, la Terre, et fait part de son émerveillement.

Youri avait dit à ma mère qu’il partait pour un voyage d’affaires. Quand elle lui avait demandé s’il partait loin, il avait répondu «très loin».
Zoya Gagarine, sœur aînée de Youri

Le vol de 108 minutes se déroule sans embûche. Plus tard, Gagarine se souviendra des pensées qui l’ont alors traversé. «Qu’est-ce que les gens sur Terre vont dire quand ils apprendront? J’ai pensé à ma mère et comment, lorsque j’étais enfant, elle avait pour habitude de m’embrasser entre les omoplates avant que je m’endorme. Est-ce qu’elle savait où je me trouvais? Valya lui en avait-elle parlé?»

Valya, son épouse, était l’une des rares à être au courant de sa mission. Zoya, sa sœur aînée, raconte qu’elle s’apprêtait à partir au travail, lorsqu’elle a appris la nouvelle à la radio –l’hébétement était complet. «Youri avait dit à ma mère qu’il partait pour un voyage d’affaires. Quand elle lui avait demandé s’il partait loin, il avait répondu “très loin”...»

D’après les officiels soviétiques, l’épopée du Vostok s’est déroulée sans problème. C’est faux. Lors de sa rentrée atmosphérique, le module de service censé se détacher de la capsule où se trouve le cockpit ne se sépare pas. Le Vostok se met alors à tourner sur son axe à une vitesse folle durant une dizaine de minutes, jusqu’à ce que les câbles finissent par lâcher et que Gagarine puisse terminer sa descente en parachute.

Il atterrit en périphérie du village de Smelkovka dans la région de Saratov, sur les rives de la Volga. Takhatrova, une paysanne du coin, est en train de sarcler des pommes de terre avec sa petite-fille, lorsqu’un homme surgit dans son scaphandre orange. Gagarine les rassure, se présente comme un citoyen soviétique et demande à téléphoner. Quant au Vostok, il s’échoue sur les rives de la Volga où il est découvert par des enfants revenant de l’école. Assez vite, un large détachement d’officiers du KGB est dépêché afin de récupérer les restes du vaisseau. On mettra du temps à trouver le canot de sauvetage qui devait servir à Gagarine en cas d’amerrissage, un villageois l’ayant subtilisé pour s’en servir de bateau de pêche.

Acclamé en héros, Gagarine n’aura pourtant pas la carrière dont il rêvait. Devenu le symbole de toute une nation, il est contraint de rester au sol (on ne veut pas risquer un accident) et ne volera plus jamais dans l’espace. Il meurt aux commandes de son avion de chasse au printemps 1968. Un an plus tard, les Américains envoient des hommes sur la Lune au cours de la mission Apollo 11, qui reste aujourd’hui encore l’événement majeur de la conquête spatiale.

Les premiers pas sur la Lune, en direct à la télévision

De la conquête à l’exploration

Les relations entre l’URSS et les États-Unis étant désormais placées sous le signe de la détente, les deux pays investissent de moins en moins dans la course à l’espace. Sous l’ère Nixon, la Nasa abandonne ses grands projets tandis qu’en Russie, en 1971, la catastrophe de Soyouz 11, qui causa la mort de trois cosmonautes, bouleverse la donne.

29 secondes de silence en hommage aux trois hommes de l'équipage de Soyouz 11 (Gueorgui Dobrovolski, Viktor Patsaïev et Vladislav Volkov), morts en poursuivant les rêves d'espace de l'espèce humaine

La mise en orbite en 1986 de Mir, la première station spatiale composée de plusieurs modules, sera certes une réussite, mais la stratégie soviétique évolue également.

La «conquête» spatiale cède progressivement la place à l’exploration scientifique. Un domaine où d’autres nations vont s’illustrer: la France et une vingtaine de pays européens avec les missions de l’Agence spatiale européenne, puis dans les années 2000, le Japon et l’Inde avec leurs missions lunaires Selene et Chandrayaan-1.

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