Reconstitution du dispositif utilisé par Louis Slotin et qui finit par lui être fatal. | Capture d'écran Atomic Heritage via YouTube
Reconstitution du dispositif utilisé par Louis Slotin et qui finit par lui être fatal. | Capture d'écran Atomic Heritage via YouTube

La triste et fulgurante mort de l'expert en plutonium qui tritura le «noyau du diable»

L'accident de tournevis le plus fameux de l'histoire.

Né en 1910, le Canadien Louis Slotin a rapidement développé des prédispositions indéniables pour les sciences physiques, ce qui l'a mené jusqu'au prestigieux King's College de Londres, à l'université de Chicago, et finalement à sa perte. L'accident de travail qui lui a coûté la vie en 1946, raconté par The New Yorker, est particulièrement traumatisant.

Spécialisé dans les rayonnements atomiques et leurs effets sur la biosphère, Slotin est contacté au début des années 1940 pour rejoindre le Projet Manhattan, nom de code du projet de recherche chargé de produire la première bombe atomique.

Il travaille sous la direction d'un certain Robert Oppenheimer, physicien de renom, associé au général Leslie Groves. C'est dans un laboratoire installé en secret à Los Alamos, au Nouveau-Mexique, qu'il officie.

Le 21 mai 1946, alors qu'il travaille sur une petite masse de plutonium, celle-ci dépasse le seuil critique minimal permettant une fission nucléaire. Louis Slotin reçoit alors une dose de radioactivité d'un millier de rads, soit cinq fois la quantité jugée dangereuse pour les êtres humains, mais les conséquences visibles ne sont pas pour tout de suite: ce n'est en effet que neuf jours plus tard qu'il trouvera la mort. Entre temps, on aura largement eu le temps de documenter son expérience.

Glissade de tournevis

L'accident s'est produit à cause d'une bête maladresse: Slotin travaillait sur la sphère de plutonium à l'aide d'un simple tournevis. Son but: montrer à une poignée de collègues comment mener le noyau d'une arme nucléaire vers le seuil critique... sans l'atteindre.

Une opération si délicate qu'on appelle cette phase «chatouiller la queue du dragon». Son principe: approcher aussi près que possible une demi-sphère de béryllium du cœur de l'arme atomique, tout en empêchant qu'elle ne s'y immisce totalement.

Ce jour-là, le tournevis a glissé et la réaction a eu lieu. Une lumière intense pendant quelques dixièmes de seconde, une vague de chaleur, puis plus rien, Louis Slotin ayant eu la présence d'esprit de retirer aussitôt le béryllium.

Autour de lui, six autres personnes sont touchées par les radiations, mais aucune ne mourra des suites de l'accident. En réagissant rapidement suite à sa maladresse, Slotin a peut-être sauvé plusieurs vies.

Il y eut l'arrivée de l'ambulance et l'évacuation du laboratoire. Toujours debout, Louis Slotin était en train de réaliser un croquis détaillant la localisation précise de chaque personne dans le laboratoire lors de l'instant fatal.

Il prit également le temps d'essayer de détecter les radiations émises par quelques objets situés non loin du noyau, avant se réaliser que le détecteur avait lui-même été trop irradié pour pouvoir encore fonctionner.

En revanche, il prit également quelques décisions saugrenues, dont celle de demander à un collègue d'aller sécuriser les lieux, au mépris de sa santé. Le rapport effectué après l'accident mentionne le fait qu'après une telle exposition, les individus «ne sont plus en condition d'adopter un comportement rationnel».

Descente aux enfers

La suite ne fut que dégradation physique et mentale. Neuf jours de pur calvaire pour Slotin, mais aussi pour ses proches, qui durent bientôt se rendre à l'évidence: la mort du jeune scientifique était imminente.

Tout commença par des vomissements intempestifs, puis par des douleurs insupportables à la main qui avait été la plus proche du noyau –il ne portait pas de gants de protection. La main en question finit par muter pour devenir aussi bleue que cireuse, puis couverte de cloques.

Les parents du trentenaire arrivèrent pour lui rendre visite le 25 mai, soit quatre jours après l'accident. Le cinquième jour, son taux de globules blancs chuta de façon vertigineuse, sans prévenir. Sa température et sa fréquence cardiaque se mirent à jouer au yo-yo.

Il commença à perdre du poids et à souffrir de brûlures internes, ce qu'un expert décrit comme «un coup de soleil en trois dimensions». La confusion mentale prit de l'ampleur, puis les problèmes respiratoires se multiplièrent. Louis Slotin finit par tomber dans un coma irréversible, et mourut le 30 mai 1946.

Neuf jours avant l'accident de Slotin, un de ses collègues nommé Harry Daghlian Jr. avait lui aussi commis une maladresse, faisant tomber l'un des noyaux et créant ainsi un choc qui lui fit dépasser le seuil critique. Moins exposé que Slotin durant son propre accident, Daghlian mourut au bout d'un mois.

Le même noyau étant responsable de la mort des deux hommes, il fut refondu quelques temps plus tard afin d'être utilisé dans une nouvelle arme, histoire de briser ce qui commençait à ressembler à une malédiction. Depuis le 21 mai 1946, les membres du laboratoire avaient commencé à le surnommer «le noyau du diable».

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