L'un des premiers prototypes de processeur à architecture RISC-V, en 2013. | Derrick Coetzee via Wikimedia
L'un des premiers prototypes de processeur à architecture RISC-V, en 2013. | Derrick Coetzee via Wikimedia

Pour la Chine, l'indépendance technologique peut passer par les processeurs RISC-V

Ironie suprême, cette architecture en standard ouvert trouve ses racines dans un projet du Pentagone.

C'est l'un des talons d'Achille d'une nation qui cherche à reconstruire sa grandeur passée et à reprendre les rênes de l'économie mondiale: la Chine reste très dépendante de technologies nées hors de ses frontières, et sur lesquelles elle manque de prise.

C'est particulièrement vrai des microprocesseurs, au cœur de la quasi-intégralité de nos appareils modernes –y compris ceux, dont la Chine, l'usine du monde, inonde le marché occidental.

La crise commerciale avec les États-Unis de Donald Trump et les sanctions et black lists que son administration a imposées ont montré à quel point cette dépendance pouvait être bloquante: géant aux pieds d'argile, Huawei cherche encore à s'en remettre.

Comme l'explique le Wall Street Journal, l'empire du Milieu a peut-être trouvé un moyen de contourner en partie le problème pour se bâtir un début de monde à soi: l'architecture RISC-V (prononcer «risque five»), dans laquelle elle place une partie de ses espoirs.

Concurrente des vieilles architectures x86 (Intel) et ARM, qui dominent de la tête et des épaules le monde de l'informatique ou des smartphones, l'architecture RISC-V est née à l'université de Berkeley, en Californie.

Elle n'a donc rien de spécifiquement chinois, d'autant que ses spécifications ont été fixées en 2015 par une fondation incluant nombre de géants américains du secteur –Google, NVidia ou Western Digital, bientôt rejoints par IBM, Qualcomm ou IBM.

Mais contrairement aux architectures ARM ou x86, RISC-V repose sur un standard ouvert: son utilisation est libre et, surtout, ne nécessite pas le paiement préalable de chères licences.

Courte-échelle technologique

En termes de puissance, les premières puces basées sur le standard RISC-V restent encore loin derrière les meilleurs processeurs x86 ou ARM. Alibaba, qui produit déjà sa propre version qu'elle utilise notamment dans ses serveurs, compare sa vélocité à un processeur de smartphone d'il y a quelques années.

Il reste donc encore du chemin, d'autant que la dépendance chinoise porte également sur les aspects logiciels et sur la capacité de production, et que les usages des puces d'architecture RISC-V restent encore plutôt limités. Mais comme l'explique le WSJ, l'intérêt croissant de firmes européennes ou américaines pour le RISC-V pourrait grandement accélérer sa maturation technique.

Ce n'est bien sûr pas sans inquiéter certains experts américains. Qui ne manquent pas de noter l'ironie suprême de la chose: le travail de l'université de Berkeley a, originellement, été financé par le DARPA, l'agence de recherche du Pentagone.

«Suis-je en train de faire la courte échelle à la Chine avec ces technologies, qui pourraient lui faire économiser vingt ans de recherche et rattraper le niveau occidental en une nuit? Ce n'est pas impossible», commente ainsi au quotidien américain Serge Leef, qui gère les projets liés aux microprocesseurs au sein du DARPA.

La RISC-V fondation a d'ailleurs bien compris le risque que pouvait faire peser sur ses activités globales cet intérêt croissant de la Chine pour son standard: pour éviter d'être prise dans l'ouragan économico-diplomatique initié par l'administration Trump, elle a décidé en 2019 de s'implanter dans un pays neutre, la Suisse.

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