Le nuage dans l'espace: un spectacle auquel aucun·e astronome ou météorologue n'a jamais assisté. | Microsoft
Le nuage dans l'espace: un spectacle auquel aucun·e astronome ou météorologue n'a jamais assisté. | Microsoft

Pour contrer Amazon, Microsoft sort son cloud des sentiers battus

Dans l'espace ou les océans, la firme explore des pistes originales pour concurrencer l'ogre AWS.

Relativement inconnu du grand public, le marché du cloud computing est pourtant un mécanisme omniprésent dans nos utilisations quotidiennes du net. C'est en outre un marché colossal, qui selon certaines analyses représente 321 milliards d'euros en 2020, un chiffre qui pourrait grimper à 710 milliards d'ici cinq ans.

Streaming, télétravail, enseignement à distance: l'épidémie de Covid-19 a largement intensifié l'utilisation de ce type de technologie et mis en lumière son importance.

Parmi les quelques acteurs du marché, Amazon Web Services (AWS), la plateforme cloud d'Amazon, est le leader incontesté. Malgré un service lancé en 2010, quatre ans seulement après AWS, le cloud de Microsoft, Azure, fait office de challenger.

Un challenger aux belles ambitions: année par année et sous l'impulsion du PDG Satya Nadella, l'ancien directeur de la branche cloud de la firme de Seattle, Azure gagne petit à petit du terrain sur son rival.

Pieds dans l'eau et tête dans les étoiles

Afin de se faire une place au soleil, Microsoft innove et multiplie les projets originaux, concentrant ses efforts pour amener le cloud sur de nouveaux terrains.

Le 15 septembre 2020, la firme de Redmond a ainsi repêché dans les froides eaux écossaises un data center immergé depuis 2018. Baptisé Natick, ce projet expérimental visait à installer un centre de données au plus près de la clientèle côtière tout en le refroidissant directement par l'océan.

Pour Eneric Lopez, directeur de l'intelligence artificielle chez Microsoft France, ce prototype a été «assez incroyable. Non seulement il est viable, mais le taux de panne est largement plus faible qu'avec un data center sur terre. Le tout était alimenté par une source d'électricité renouvelable, pourtant réputée moins fiable.»

Le placement en eaux froides permet en effet de maintenir une température plus stable qu'avec des systèmes artificiels, en économisant au passage beaucoup d'énergie. Le bas taux de panne s'explique également par l'utilisation d'azote, un gaz moins corrosif que l'air habituel et qui ménage donc les serveurs.

Malgré le succès affiché par la firme, aucun calendrier n'est pour l'instant communiqué pour un déploiement plus large, et il est impossible de savoir quand –ou si– cette technologie sera développée à grande échelle.

Natick n'est pas le seul projet original mené par Microsoft, qui a aussi annoncé en octobre le lancement d'Azure Space. Comme son nom l'indique, le but d'Azure Space est de développer le cloud dans le domaine spatial, avec pour ambition, détaille Eneric Lopez, de «gérer des satellites, de fournir une connectivité satellitaire au cloud et d'utiliser au mieux les données recueillies».

Pour Microsoft, pas question d'envoyer ses propres appareils en orbite: l'accès à Azure Space se fera via les constellations de Starlink, le projet d'internet haut débit de SpaceX.

Le but de ce système est de pouvoir utiliser le cloud partout, notamment dans des zones reculées, en liant Starlink à un data center modulaire –une autre invention Microsoft.

Ces machines de la taille d'un conteneur peuvent être transportées sur le terrain et y fonctionner de manière autonome. Eneric Lopez évoque par exemple une mission humanitaire nécessitant une forte puissance de calcul dans une zone dévastée.

Contrer l'ogre Amazon

Cette alliance avec SpaceX est loin d'être anodine. Elle permet à Microsoft de signaler à sa clientèle potentielle, entreprises privées ou agences spatiales publiques, qu'elle ne compte pas endosser le rôle de concurrente, mais celui de partenaire technique, de «fournisseur de technologie» selon les mots d'Eneric Lopez.

Or, les projets spatiaux d'Amazon sont également ambitieux. L'entreprise de Jeff Bezos a annoncé en 2019 le projet Kuiper, rival direct du Starlink d'Elon Musk. En parallèle du mastodonte du e-commerce, Jeff Bezos est aussi le PDG de Blue Origin, une entreprise aérospatiale destinée à abaisser le coût de l'accès commercial à l'espace.

«Contrairement à Amazon, on ne développe pas des solutions verticales. On ne sera jamais des concurrents –ni dans l'espace, ni dans la banque, ni dans l'assurance, ni dans la santé, ni dans la grande distribution.»

Le pari est que la gourmandise d'Amazon, ainsi que son agressivité sur les marchés qu'elle veut conquérir ou les méthodes brutales qu'elle emploie pour s'imposer, pousseront les entreprises utilisatrices du cloud à ne pas souhaiter collaborer avec un ogre qui pourrait bien vouloir les dévorer.

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