Sur la base d'Aviano, en Italie. Cette bombe-ci n'est pas atomique, mais d'autres y dorment, quelque part. | Giuseppe Cacace / AFP
Sur la base d'Aviano, en Italie. Cette bombe-ci n'est pas atomique, mais d'autres y dorment, quelque part. | Giuseppe Cacace / AFP

L'effroyable négligence sécuritaire du nucléaire américain en Europe

De nombreux et très sensibles secrets ont été révélés par des «flashcards» laissées publiques par les militaires.

À lire en anglais et en intégralité ici, l'enquête de Bellingcat est, comme souvent pour le site d'investigation spécialisé dans le renseignement d'origine source ouverte (OSINT), édifiante sinon terrifiante.

Elle révèle comment l'effroyable négligence de militaires américains, chargés de la gestion et de la surveillance du stock d'armes nucléaires états-uniennes en Europe, a permis à de nombreuses informations ultra-sensibles et bien évidemment secrètes d'être, longtemps, à la portée de toutes et tous après de simples recherches sur Internet.

Les responsables? Des applications de «flashcards», ces petites antisèches désormais numériques dédiées à l'aprentissage. Une question sur une face, la réponse sur l'autre: parfait pour bachoter et apprendre quelque chose par cœur.

Sauf qu'en l'occurrence, les flashcards utilisées par ces militaires américains un peu partout en Europe ne concernaient pas la couleur du cheval blanc d'Henri IV (blanc) ou la date de la bataille de Marignan (1515), mais des éléments très précis concernant l'emplacement exact des bombes atomiques en question, les outils mis en place pour leur surveillance ou les protocoles de sécurité les entourant.

Parce que les imprudents bachoteurs et bachoteuses ont semble-t-il oublié de rendre privées les antisèches qu'ils ont générées avec les applications grand public utilisées (Quizlet, Cram ou Chegg notamment), Bellingcat a ainsi pu mettre la main en quelques clics sur des informations extrêmement sensibles.

Fric-frac atomique

En premier lieu, Foeke Postma et ses collaborateurs et collaboratrices ayant planché sur ce sujet ont pu, à force de recherches et de recoupements avec divers documents officiels, confirmer le nom des bases où ces armes atomiques sont stockées: Aviano et Ghedi en Italie, Incirlik en Turquie, Büchel en Allemagne, Kleine-Brogel en Belgique ou Volkel au Pays-Bas.

Déjà révélée par erreur par un document de l'OTAN en 2019, et avant cela par diverses fuites ou témoignages d'ex-officiels, la présence de ces bombes de type B61 n'était qu'un secret de polichinelle. Elle n'en reste pas moins un secret très officiel pour certains des gouvernements concernés, à qui ce nouvel éclatement au grand jour pourrait poser quelques problèmes auprès des populations qu'ils représentent.

Mais c'est en entrant dans le détail que Bellingcat effraie le plus, notant à quel point les secrets révélés pourraient s'avérer utiles à des organisations terroristes –ou des forces armées hostiles– désireuses de mettre la main sur ces arsenaux mortels.

Nombre et position exacte des caméras ou capteurs de sécurité; explacement précis sur les bases des coffres dans lesquels les têtes nucléaires sont entreposées; matériel pour les équipes de sécurité; fréquences de leurs patrouilles; mots secrets à utiliser pour signifier discrètement une menace; explacement des modems reliant les chambres fortes au reste du système; emplacement des générateurs électriques de secours.

Ce que Bellingcat a pu découvrir sur ces «flashcards» laissées dans la nature jusqu'en avril 2021 pour certaines, mais effacées depuis le début de son enquête, ressemble à une checklist parfaite pour préparer un casse atomique de haut vol, que ne renieraient pas des scénaristes hollywoodiens. La brèche est énorme et les spécialistes abasourdis. Quant aux associations luttant contre la prolifération des armes atomiques et la mise en place d'un contrôle plus démocratique, elles boivent du petit lait.

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