Alex Jones «live stream» le Sénat américain  | Drew Angerer / AFP

Alex Jones «live stream» le Sénat américain  | Drew Angerer / AFP

La modération chez Facebook, une affaire de com’ avant tout

Des échanges sur la suppression d'un post Instagram antisémite du complotiste Alex Jones ont fuité. Bienvenue dans les critères de modération de l'entreprise.

Mercredi 27 mars, le complotiste d’extrême droite Alex Jones a posté sur Instagram un dessin où sont représentés plusieurs hommes en costume, assis autour d’une table de Monopoly posée sur le dos de personnes nues et à quatre pattes. Derrière eux se trouve une pyramide avec un œil en son sommet.

Cette image, qui reprend les codes des caricatures antisémites, a évidemment provoqué de nombreuses injures de la même nature dans les commentaires. La publication a donc été signalée avant de remonter chez les cadres chargés de la modération chez Facebook –propriétaire d'Instagram.

Business Insider a pu avoir accès à l’échange de mails qui s’en est suivi –et qui en dit long sur la philosophie de modération chez Mark Zuckerberg. La «risk and response team» irlandaise, qui a reçu le post en premier, a d'abord estimé que la publication ne contrevenait pas aux règles du réseau social.

Une autre personne intervient pour rappeler que le cas Alex Jones fait déjà l'objet de discussions internes pour déterminer si il faut ou non le considérer comme une «hate figure», c’est-à-dire une «personnalité haineuse». Jones a déjà été banni de Facebook en juillet pour la même raison.

«Seuil de suppression»

La même personne ajoute qu’à la décharge du complotiste son compte Instagram ne viole pas les conditions d’utilisations, car il faut pour cela qu’«à n’importe quel moment, 30% du contenu posté sur le profil contrevienne aux règles».

Les 560 commentaires ont été étudiés. Seuls 23 contreviennent aux règles, donc ils n’atteignent pas le seuil de suppression.»
Un cadre américain de FAcebook

Ce mail est sans équivoque: poster une photo raciste ou homophobe, par exemple, n'expose pas celle ou celui qui l'a partagée à l'excommunication du réseau social, tant que cette personne ne récidive pas en postant plus de 30% de contenus infâmants sur l'ensemble du profil.

Une autre règle numéraire sibylline est évoquée plus loin dans les mails, qui s'applique cette fois aux commentaires. Le ratio exact n’est pas mentionné, mais un cadre américain explique que «les 560 commentaires ont été étudiés. Seuls 23 contreviennent aux règles, donc ils n’atteignent pas le seuil de suppression».

La peur du scandale

À ce stade, deux cadres anglais font part de leurs inquiétudes. Le premier envoie le mail suivant: «Désolé d’intervenir si tard mais je ne comprends pas pourquoi cette image n’est pas considérée comme contrevenante, alors qu'un nombre significatif de personnes reconnaissent son caractère antisémite? Je trouve aussi que ce n’est pas évident mais je pense que cette large perception du public change la donne.» Son compatriote abonde en sa faveur, évoquant «une image célèbre en Angleterre, à cause du scandale public qu'elle a provoqué. Si on affirme qu'elle ne viole pas nos règles nous allons recevoir beaucoup critiques».

Facebook vient d’annoncer qu'il bannissait le nationalisme blanc et les discriminations raciales et religieuses.
Un membre senior de l'équipe de communication de Facebook

Ce que les deux Anglais ont en tête est une affaire datant de l’année dernière lorsque le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn avait dû s’excuser après avoir soutenu sur Facebook, en 2012, la fresque qui a inspiré le dessin publié par Jones.

Cet échange et ce qui suit montrent que la priorité est avant tout de protéger l’entreprise d’un scandale. Alors qu’un premier responsable estime que le dessin est «clairement antisémite», c’est un membre senior de l'équipe en charge de la communication de la plateforme qui a le dernier mot, en rappelant que «Facebook vient d’annoncer qu'il bannissait le nationalisme blanc […] et les discriminations raciales et religieuses».

D’autant plus qu'il met l’accent sur l’aspect médiatique du dessin, en estimant que, s’il reste en ligne, «ce sera facile pour les médias de dire qu’on est inconsistants ou inefficaces pour faire respecter nos politiques»: quelques heures après, le post sera discrètement supprimé.

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