Le tardigrade est considéré comme le plus résistant de tous les animaux. | Capture d'écran Animalogic via YouTube
Le tardigrade est considéré comme le plus résistant de tous les animaux. | Capture d'écran Animalogic via YouTube

À l'aide d'un laser surpuissant, la science veut envoyer des tardigrades vers l'infini (et au-delà)

Une drôle d'idée mais un enjeu crucial.

Également connu sous le nom d'ourson d'eau, le tardigrade est une créature dont la taille adulte ne dépasse pas le millimètre. Ce qui ne l'empêche pas d'être l'animal le plus résistant de notre planète: doté de huit pattes, il peut en effet passer trente ans sans se nourrir, et résiste à des températures extrêmes (de -273°C à 340°C). Le tardigrade n'a peur de rien, ni des fortes pressions, ni des rayons X, ni du manque d'oxygène, pas plus que de l'excès d'alcool.

Vivant dans de nombreuses régions du globe (puisqu'il se porte bien partout), le tardigrade est également présent sur la Lune, puisqu'un millier d'individus y ont été envoyés en 2019 via la sonde israélienne Bereshit afin d'observer leur comportement.

Mais la science ne compte visiblement pas s'arrêter là, comme le raconte Vice: cet animal presque invincible pourrait bien être envoyé en exploration spatiale, là où aucun être venu de la Terre n'a jamais posé ni le pied ni la patte.

Interstellar

Un article publié dans la revue Acta Astronautica par des chercheurs de l'université de Santa Barbara (Californie) révèle en effet que les tardigrades sont les candidats idéaux pour réaliser des voyages interstellaires, lesquels prennent pour l'instant trop de temps pour que des êtres humains puissent en faire partie.

Même avec des moyens suffisants, il faudrait effectivement plusieurs décennies à une mission humaine pour parvenir à parcourir 18 milliards de kilomètres, et ainsi arriver au bout de notre système solaire. Mais le tardigrade est résistant, petit et léger, et d'une longévité étonnante.

Si, à proprement parler, son espérance de vie ne dépasse pas les vingt-quatre mois, il peut en fait survivre bien plus longtemps grâce à la cryptobiose, qui lui permet de se mettre en pause pour une très longue durée avant de revenir à la vie.

Depuis 2015, sous l'égide de la NASA, les scientifiques du Projet Starlight planchent sur des engins miniatures capables de collecter des données et de transmettre les informations récoltées vers la Terre. D'une masse avoisinant le gramme, ces vaisseaux pourraient bien être propulsés à l'aide d'une technologie basée sur l'emploi de lasers à énergie directe, qui leur permettraient d'atteindre d'une vitesse comprise entre 20 et 30% de celle de la lumière.

Sans retour

C'est là la grande innovation du Projet Starlight: être en capacité de propulser un tel engin dans l'espace et de lui faire atteindre son objectif en quelques jours. À l'intérieur, des tardigrades en phase de cryptobiose, susceptibles d'être réveillés une fois arrivés à destination. L'idée est de tester la façon dont ils pourraient réagir à leurs nouvelles conditions de vie, afin de pouvoir transposer ensuite leurs réflexions vers la question humaine.

Pour les tardigrades, un tel voyage serait sans retour, d'abord en raison de la consommation énergétique de ce genre de périple: la puissance du laser nécessaire au seul lancement d'un tel engin spatial représente en effet 10% de celle du réseau électrique de l'ensemble des États-Unis. Un pic de consommation d'énergie qui ne durerait heureusement qu'une poignée de minutes.

L'autre raison de ce trajet à sens unique est liée à une préoccupation très sérieuse de la NASA, à savoir la crainte d'une contamination de la Terre par des microbes venus de l'espace. Et nous n'avons visiblement pas besoin d'une pandémie supplémentaire.

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