L'hybdride, de nouveau à l'eau (et a priori étanche). | Naval Group
L'hybdride, de nouveau à l'eau (et a priori étanche). | Naval Group

Naval Group réussit la première «greffe» mondiale de sous-marin nucléaire d'attaque

Franck Ferrer, directeur des programmes de services, explique les dessous de ce chantier spectaculaire.

En juin 2020, le sous-marin nucléaire d'attaque Perle a pris feu alors qu'il faisait l'objet d'une révision de maintenance dans la base navale de Toulon.

Fort heureusement, le combustible nucléaire avait été déchargé et aucun blessé n'a été à déplorer. Cependant, la coque a été irrémédiablement endommagée: «En raison des fortes températures, elle ne répondait plus aux caractéristiques mécaniques requises», indique Franck Ferrer, le directeur des programmes de services chez Naval Group.

Les deux parties du Saphir et du Perle, alors encore étrangères l'une à l'autre. | Naval Group

Impossible pourtant de se résoudre à mettre le sous-marin au rancart, alors que son remplaçant n'est pas encore prêt. «Nous avons donc immédiatement pensé à le rénover avec la coque d'un autre sous-marin de la même classe, le Saphir, qui avait été retiré du service en 2019», raconte-t-il. En effet, les deux sous-marins sont quasiment identiques, et la coque du Saphir est, elle, intacte.

La «greffe» consiste donc à raccorder l'avant du Saphir à l'arrière du Perle. Première étape, entamée en février 2021: vider entièrement tout le matériel présent dans les deux bateaux, puis découper précisément les coques, soit plus de cent mètres de chanfrein à scier et meuler à la main.

En avril 2021, les ouvriers ont alors pu commencer à raccorder les deux sous-marins –une opération extrêmement minutieuse. «Il s'agissait d'aligner, au millimètre près, deux moitiés de coques de 1.200 tonnes et 7 mètres de diamètre chacune, décrit Franck Ferrer. La moindre imperfection, et c'est toute l'hydrodynamique du bateau qui est compromise.»

Dix-huit soudeurs se sont relayés sur le chantier pour relier les deux coques, et de nombreux contrôles qualité ont ensuite été menés pour vérifier la bonne tenue de l'ensemble.

La délicate opération de soudure. | Naval Group

Première mondiale

«Nous n'en sommes encore qu'à la moitié du chantier, qui aura nécessité en tout près de 100.000 heures de travail d'études et 250.000 heures de travail industriel», détaille Franck Ferrer. Il s'agit à présent de rabouter les 120 câbles, soit plus de 2.000 petits fils à raccorder les uns aux autres.

Une étape longue et minutieuse, qui devrait s'achever d'ici le troisième trimestre 2021. À la fin de l'année, le Perle retapé rentrera à Toulon, où tout le matériel sera remonté et le combustible nucléaire rechargé. «Nous espérons une remise à l'eau fin 2022 et une remise en service complète au deuxième trimestre 2023», anticipe Franck Ferrer.

Techniquement, chaque opération n'est pas spécialement compliquée. «Nous réalisons une dizaine de soudage de coques chaque année», rappelle par exemple Franck Ferrer. Pour Antoine Butel, responsable de lot de travaux (RLT) coque, «la complexité de ce projet était de faire tenir un enchaînement d'opérations de grande ampleur dans des délais très courts».

Une moitié plus une moitié font un. | Naval Group

Il a par exemple fallu mettre à jour les quelque 2.000 plans et documents afin d'étudier en détail la zone de jonction (une partie de 1,4 mètre rajoutée au sous-marin de 70 mètres), puis créer un «jumeau numérique» de cette zone dans lequel les techniciens ont pu définir les trajets des tuyaux et des câbles à reconnecter.

«Cette jonction et la préparation associée constituent une performance exceptionnelle, et met en valeur les compétences uniques qui constituent le cœur de métier du site de Cherbourg», se félicite-t-il.

Charpentiers, soudeurs, préchauffeurs, ingénieurs, contrôleurs… 300 personnes et plus de vingt compétences ont été mobilisées.

Les sous-marins de classe Rubis comme le Perle sont progressivement remplacés par une nouvelle génération de sous-marins Barracuda, dont le premier exemplaire, le Suffren, est actuellement en essai en mer au large de Toulon après avoir été livré en novembre 2020.

Mais grâce à cette rénovation hors norme, le Perle peut encore espérer naviguer jusqu'en 2030, affirme Franck Ferrer. Il disposera en plus d'une longueur supplémentaire de 1,4 mètre, ce qui permettra d'ajouter de nouveaux locaux de vie et de donner un peu plus d'espace à l'équipage.

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