Flagrant délit de production de JPEG non authentifiés. | Alicia Steels via Unsplash
Flagrant délit de production de JPEG non authentifiés. | Alicia Steels via Unsplash

Les NFT ou le concours Lépine WTF des cryptos

Les «non-fungible tokens», furie spéculative du moment, servent surtout à faire parler de soi.

Les NFT, pour non-fungible tokens ou «jetons non fongibles», sont la hype spéculative du moment. Art, mèmes, cartes de collection, tweets, actions de NBA, pets: tout et souvent n'importe quoi peut prendre une folle valeur s'il parvient à surfer sur la vague crypto actuelle.

Ces tokens sont basés sur l'infrastructure blockchain, comme toute cryptomonnaie. Mais contrairement au bitcoin par exemple, où n'importe quel token peut être échangé contre un autre puisqu'ils ont tous le même prix (ils sont donc «fongibles», comme une pièce d'un euro), les NFT sont uniques et donc pas équivalents entre eux (il sont «non fongibles», comme une œuvre d'art).

Ces NFT font beaucoup parler d'eux à cause des sommes absurdes dépensées pour en acquérir. Le plus célèbre est Everydays: The First 5000 Days, une mosaïque de dessins publiés chaque jour sur internet par l'artiste Beeple, vendue par Christie's pour 69 millions de dollars (58 millions d'euros).

Initialement, le concept est intéressant et peut se révéler extrêmement utile. Une fois sur la blockchain, un NTF peut changer de propriétaire mais ne peut plus jamais être altéré. Cela en fait un excellent outil d'authentification, notamment pour des œuvres numériques reproductibles à l'infini, raison pour laquelle le monde de l'art s'intéresse de près à la technologie.

Certaines personnes pensent également que le marché de l'art est essentiellement irrationnel, et qu'acheter un Picasso constitue un moyen d'affirmer son statut social plutôt qu'une marque d'intérêt pour le tableau.

De l'art ou du crypto

La collision entre l'art et les cryptos, deux mondes obsédés par la spéculation, ne pouvait que créer des étincelles. Les acheteurs d'Everydays semblent d'ailleurs plus attirés par leur certitude que «ce sera un jour une œuvre à un milliard» que par la qualité artistique de l'œuvre, une série de dessins dont une bonne partie représentent Donald Trump nu.

Grâce à ce type de raisonnement, n'importe quoi peut valoir des millions. En quelques semaines d'emballement, le marché des NFT est devenu une foire à qui aura l'idée la plus bankable, pour un profit facile ou faire parler de soi.

Les ventes de tweets et de mèmes ont fait couler le plus d'encre mais d'autres rivalisent d'idées plus saugrenues encore. Par exemple, acheter une toile de Bansky pour la brûler, afin que la valeur de l'œuvre originale ne repose plus que dans le NFT –une idée à 380.000 dollars.

Dans certains cas, il reste possible d'estimer qu'il existe une valeur relative à l'importance historique ou à la popularité du bien acheté. Mais beaucoup semblent simplement tenter de savoir jusqu'où ira la popularité irrationnelle des NFT: le réalisateur Alex Ramírez-Mallis a ainsi vendu un enregistrement de cinquante-deux minutes de pets.

Pour rester dans le thème, Charmin, une marque de papier toilette, vend le design de ses rouleaux de PQ. Taco Bell a aussi flairé la promo pas chère en vendant des GIF de tacos. Autant en profiter avant qu'une nouvelle manière de spéculer ne vienne tromper l'ennui du confinement.

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Conclusion: tout est à revoir.