Échange entre les présidents américain et chinois à Washington le 15 novembre 2021. | Mandel Ngan / AFP
Échange entre les présidents américain et chinois à Washington le 15 novembre 2021. | Mandel Ngan / AFP

Multiplié par trois d'ici à 2030, l'arsenal nucléaire chinois inquiète les États-Unis

Joe Biden doit repenser la stratégie américaine.

Pékin n'a jamais caché son ambition de faire de l'Armée populaire de libération (APL) une «armée de classe mondiale». Depuis des années, la Chine multiplie les dépenses militaires afin de moderniser ses troupes et d'étendre son influence internationale.

Le gouvernement chinois estime visiblement que pour arriver à ses fins, il doit également étendre son arsenal de destruction massive, ou les outils nécessaires à sa dissuasion. Dans son rapport 2021 sur le développement de l'APL, le Pentagone estime que l'empire du Milieu «accélère l'expansion à grande échelle de ses forces nucléaires».

Construction de silos à missiles, développement et test d'armes hypersoniques, sous-marins lanceurs d'engins: l'arsenal chinois est à la fois de plus en plus important et de plus en plus sophistiqué, au point parfois de prendre de vitesse celui de sa rivale américaine.

Les services de renseignement américains estiment que la Chine pourrait disposer de «700 ogives nucléaires d'ici à 2027» et qu'elle «a l'intention d'en disposer d'au moins 1.000 d'ici à 2030, une évolution plus rapide que celle estimée par le département de la Défense en 2020».

Cette évolution remet en cause la stratégie américaine vis-à-vis du nucléaire chinois, explique au Financial Times l'expert en non-prolifération Jeffrey Lewis. «Les administrations Bush et Obama affirmaient que si nous conservions trois à quatre fois plus d'armes nucléaires que la Chine, Pékin serait dissuadée d'essayer de nous rattraper», dit-il: un pari mal avisé.

Pas de pourparlers concrets

Lors de leur entretien virtuel, lundi 15 novembre 2021, Joe Biden et Xi Jinping ont abordé le sujet et convenu de discuter à nouveau de la question. Malgré cet échange de bonnes intentions, les diplomates américains se plaignent en interne de l'inutilité de ces tractations, selon Bloomberg.

Les États-Unis ne mènent pas de réunions officielles sur le sujet avec la Chine comme ils le font avec la Russie. Cité par Bloomberg, un diplomate estime qu'il serait nécessaire que les négociateurs soient réellement habilités par leurs gouvernements et puissent échanger de manière moins informelle pour que des progrès soient effectués.

La Chine ne tient pas à s'engager dans de tels pourparlers. Elle s'appuie sur un argument difficile a réfuter: les 272 armes nucléaires chinoises ne représentent qu'une fraction de l'arsenal américain. Même si elle portait en effet cette capacité à un millier d'ici dix ans, cela resterait bien en dessous des 3.750 ogives atomiques dont disposent les États-Unis.

La Chine souligne en outre que, contrairement aux autres nations disposant de la bombe, elle a mis en place une politique de «no first use», c'est-à-dire qu'en cas de conflit armé, elle promet de ne «pas être la première à utiliser d'arme nucléaire, jamais et sous aucune circonstance». Les États-Unis refusent d'adopter une telle doctrine.

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