L'accident qui n'en finit pas d'arriver. | Maksym Sirman via Unsplash
L'accident qui n'en finit pas d'arriver. | Maksym Sirman via Unsplash

«Comme les braises d'un barbecue»: à Tchernobyl, l'accident couve

Une nouvelle fission alerte les scientifiques.

Trente-cinq ans après la pire catastrophe atomique de l'histoire, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire V.I. Lénine continue de tarauder les scientifiques chargés de sa surveillance, comme le relate la revue Science.

L'inquiétude concerne une pièce inaccessible, nommée 305/2, dans laquelle une augmentation lente mais ininterrompue de l'émission de neutrons est constatée.

Celle-ci pourrait indiquer une nouvelle réaction de fission, dont les chercheurs et chercheuses tentent de savoir si elle s'arrêtera d'elle-même, ou si une intervention humaine est nécessaire pour écarter le risque d'une nouvelle catastrophe.

«C'est comme la braise d'un barbecue», décrit Neil Hyatt de l'Université de Sheffield. «Il reste beaucoup d'incertitudes, mais nous ne pouvons pas écarter la possibilité d'un accident», a quant à lui déclaré Maxim Saveliev, de l'Institut pour les problèmes de sécurité dans les centrales nucléaires de l'Académie des sciences ukrainienne, basée à Kiev.

Ces réactions de fission incontrôlées ne sont aucunement inédites; elles hantent les scientifiques depuis l'accident du 26 avril 1986 et la fusion du cœur de la centrale nucléaire V.I. Lénine.

Les barres d'uranium, le zirconium, le graphite du cœur du réacteur ainsi que les tonnes de matériaux divers (sable, argile, plomb...) déversés depuis les airs pour tenter d'étouffer la réaction ont fini par se fondre en un magma radioactif, nommé corium, qu'il a fallu à tout prix contenir pour éviter une contamination environnementale d'ampleur biblique.

Ça couve

Le premier sarcophage de béton et de plomb, construit dans les six mois après la catastrophe et destiné à confiner ces matières hautement radioactives, a fini par se dégrader et a été remplacé par une structure, nommée l'arche de Tchernobyl, inaugurée en 2016.

Celle-ci est supposée permettre de contenir ces réaction de fission et ces émissions de neutrons, notamment par un mécanisme de diffusion de gadolinium, un isotope faisant partie des «poisons à neutrons». Ce dernier ne peut malheureusement atteindre la salle 305/2, intégralement prise dans le béton.

La crainte, expose Neil Hyatt, est que «la réaction de fission augmente de façon exponentielle» et mène à «une émission incontrôlée d'énergie nucléaire». Les scientifiques expliquent qu'une nouvelle explosion serait sans doute contenue par les structures en place, et ne mènerait a priori pas à une catastrophe continentale comme celle de 1986.

Elle pourrait néanmoins détruire ce qu'il reste du premier sarcophage et intégralement contaminer l'Arche, compliquant grandement la surveillance et la gestion de la centrale accidentée pour les décennies à venir.

Le corium étant hautement radioactif –à l'image du fameux «Pied d'éléphant», si dur qu'il a fallu utiliser une kalachnikov pour en prélever un morceau– l'une des solutions pourrait être la conception d'un robot capable de résister à de telles conditions pour creuser dans le sarcophage de béton et y placer des barres de contrôle faites de bore.

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