Mark Zuckerberg en 2018 lors d'une conférence organisée par sa firme en Californie. | JOSH EDELSON / AFP
Mark Zuckerberg en 2018 lors d'une conférence organisée par sa firme en Californie. | JOSH EDELSON / AFP

L’annonce de Mark Zuckerberg qui va révolutionner Facebook

Le 6 mars 2019 restera-t-il comme une date historique dans l'ère des réseaux sociaux?

Nous ne nous souvenons pas du 4 février 2004 –du moins sans doute pas pour cette raison. La journée fut pourtant historique, l’une des plus importantes de ces dernières décennies, car elle ouvrait une nouvelle perspective qui allait durablement bouleverser notre rapport aux autres, à l’information, à la démocratie, à l’économie: le 4 février 2004, Mark Zuckerberg lançait Facebook avec quelques potes de Harvard et inventait l'ère des réseaux sociaux.

Peut-être nous souviendrons-nous du mercredi 6 mars 2019 comme d’une autre date majeure dans l’histoire du monde moderne: c'est le jour où Mark Zuckerberg a annoncé un changement de paradigme si profond pour sa plateforme que ses implications sont encore difficiles à évaluer.

De la sphère publique à la sphère privée

Sous pression après les scandales qui ont touché sa firme –peut-être plus proche d’un effondrement qu’on ne le pense– semaine après semaine au cours de ces derniers mois, l’Américain a ainsi annoncé que Facebook allait désormais privilégier les conversations privées et cryptées, éventuellement en groupe, plutôt que les prises de parole publiques.

D’une «place publique» à un «salon privé»: c’est ainsi que le Californien présente la chose. «Nous construisons les fondations d’une communication sociale alignée avec ce qui importe de plus en plus aux gens: pouvoir discuter de manière privée», a expliqué Monsieur Z. au New York Times.

Dans un post de blog, il explique également de manière plus surprenante, voire osée eu égard au passif de sa compagnie en termes d'utilisation des données privées: il croit qu’une «plateforme fondée sur la vie privée deviendra encore plus importante que les plateformes ouvertes d’aujourd’hui».

Un virage à 180°, et beaucoup de questions

Le contre-pied est donc total. Mais la nouvelle ne tombe pas de manière complètement inattendue pour toute personne informée qui écoutait déjà attentivement les signes diffus qu’envoyaient depuis quelques semaines les troupes de Menlo Park. La compagnie a ainsi, il y a peu, annoncé la fusion des messageries de Facebook, WhatsApp et Instagram, ses trois grandes possessions.

Tout aussi significatif, on sait que Facebook se penche avec un intérêt de plus en plus croissant sur la question de la blockchain, garantie technique d’échanges très sécurisés, ainsi que sur la possibilité de créer sa propre crypto-monnaie et d'investir le monde des transactions financières.

Un ensemble d'indicateurs qui pointaient donc dans cette nouvelle direction –un virage à 180°, ou presque. Mais un tel changement soulève bien évidemment des questions complexes auxquelles seul l'avenir pourra répondre. Le modèle économique de Facebook est principalement fondé sur les publications publiques de ses membres et la publicité qu'elles génèrent: comment transformer l'essai si la priorité est désormais réservée aux communications privées? Ces échanges privés le seront-ils réellement, et quelles seront les garanties? Comment les médias, et notamment les médias en ligne devenus facebooko-dépendants, pourront-ils survivre si le «reach» de leurs publications se rabougrit sur des fils d'actualité n'étant plus centraux?

«Sincèrement, nous n’avons pas pour l’instant une très bonne réputation pour ce qui est de construire des services protégeant la vie privée, et nous nous sommes historiquement concentrés sur des outils servant plutôt le partage public», a écrit Zuckerberg dans son propre texte.

Evan Spiegel, l’un des patrons de Snap, créateur du très populaire Snapchat, avait récemment partagé une analyse plutôt lucide sur l’influence de la structure même de Facebook, rapporte également le New York Times. Selon lui, le fait que le géant bleu se concentre sur les posts publiques et la manière dont se construit le fil d’actualité pour chaque utilisateur ou utilisatrice font que «les choses négatives se répendent plus vite et plus largement que les choses plus positives». Il ajoute que le moment est peut-être venu pour une correction de trajectoire –c'est précisément ce qui a été fait.

«Gangsters digitaux»

Les desseins purement économiques ne sont bien entendu jamais loin –le New York Times évoque le modèle du Chinois Tencent, dont WeChat est devenu l’application centrale de l’intégralité de la vie numérique, achats compris, de ses utilisateurs et utilisatrices.

Mais ce net recentrage sur la sphère privée est peut-être, pour Mark Zuckerberg, le signe d’une prise de conscience réelle, philosophique et morale que son bébé a échappé à son contrôle, en créant des dégâts profonds sur son passage. Les rodomontades permanentes et chantages de reprise en main, les menaces d'amendes records ou la grande violence de la critique émise par une commission parlementaire britannique («gangsters digitaux», a-t-il été écrit) ont probablement joué leur rôle.

Influence des réseaux sociaux sur la propagation des fake news, utilisation des données privées à des fins d'ingérence politique étrangère comme lors du scandale Cambridge Analytica: le poids pris dans nos sociétés et nos vies intimes par la plateforme aux 2,7 milliards d’âmes est immense, et il est temps pour Zuckerberg d’apprendre à mieux maîtriser le monstre social auquel il a donné naissance.

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