Ça cogne dur, et ça va cogner plus dur encore. | Sergey Volskiy / AFP
Ça cogne dur, et ça va cogner plus dur encore. | Sergey Volskiy / AFP

Pourquoi l'artillerie jouera un rôle central dans la bataille du Donbass

De l'épais fil à retordre pour les armées ukrainiennes.

Quelques heures après que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé le début de la grande offensive russe dans l'est du pays dont il est à la tête, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, confirmait que l'«opération spéciale» menée par le Kremlin chez son voisin entrait dans sa seconde phase.

Les combats ont bel et bien débuté, et de premières villes commencent à tomber. Mais après la calamiteuse entame de guerre de l'ensemble des armées russes, qui s'est soldée par l'échec de la prise de Kiev et un retrait désordonné du nord du pays, les batailles devraient prendre une tout autre forme. Avec un nouveau terrain, les grandes plaines de l'est, et un nouvel acteur central, comme l'explique doctement un article de The Drive: l'artillerie.

«À chaque fois qu'une pièce d'artillerie fait feu, vous voulez infliger des pertes à votre ennemi, explique l'ex-capitaine ad hoc Connor Crehan à The Drive. Mais il y a bien d'autres avantages que ces dommages contre les soldats. On peut détruire du matériel. On peut utiliser ses canons pour lutter contre des positions fortifiées. Et il y a l'impact psychologique global de barrages de tirs massifs.»

Or, l'armée russe et l'artillerie sont deux vieilles camarades qui se connaissent bien. La doctrine de la première suppose l'usage massif de la première pour anéantir ou affaiblir les positions ennemies avant un assaut au sol –souvenez-vous des terrifiants Katiouchas, les «orgues de Staline». Aujourd'hui encore, les forces du Kremlin sont donc très bien équipées en conséquence, fortes de milliers d'engins de types et de portées variables.

De plus, la Russie dispose de quelques atouts potentiels –mais pas certains– qui ont manqué à ses premiers assauts ratés contre le nord de l'Ukraine. Un haut gradé américain, qui s'exprime sous le sceau de l'anonymat, explique ainsi que la position géographique même du Donbass fait que les lignes d'approvisionnement et la logistique pourraient être plus courtes pour le Kremlin qu'elles ne l'étaient dans la région de Kiev.

En outre, il semble que les troupes russes se réorganisent et se massent de manière plus logique et compacte que lors des premiers coups de boutoirs désordonnés de la guerre, lorsqu'elles pensaient pouvoir prendre Kiev en quelques jours. Bref: elles ont peut-être appris de leurs erreurs initiales.

Dans un fil sur Twitter consacré à la question et repéré par The Drive, un ancien ponte des forces américaines en Europe, Mark Hertling, fait lui aussi un point sur la question. Il note que l'artillerie russe peut bénéficier d'une portée allant jusqu'à 80 kilomètres pour certaines de ses armes, et pense que d'intenses tirs de barrages précéderont, comme le veut la doctrine, des assauts sur de multiples points du front.

Guerre totale

Et en face? En face, l'Ukraine est assez nettement dépassée en nombre brut par ce tsunami de métal et de projectiles qui déboule sur son front de l'est. Mais elle n'est pas désarmée, loin de là.

C'est d'ailleurs ce qu'ont compris les États-Unis. Dans le cadre d'un premier plan massif d'aide militaire et technique de 800 millions de dollars qui devrait en appeler d'autres, la Maison-Blanche a mis en place un simili pont aérien pour envoyer au plus vite, dans une course contre cette montre qui joue pour la Russie, des armes lourdes, notamment dix-huit canons de 155 et 40.000 munitions. D'autres pays ont également fourni ou vont fournir des «howitzers» à Kiev.

En outre, les Ukrainiens connaissent le terrain: ils sont chez eux, sont en guerre dans le Donbass depuis huit ans contre les séparatistes pro-russes, et ont eu le temps de fortifier leurs positions.

Déjà réduites à peau de chagrin mais encore actives et efficaces, leurs forces aériennes pourraient en revanche –et du fait de la proximité de territoires fermement tenus par la Russie, ses alliés et leurs défenses anti-aériennes– s'imposer une plus grande méfiance encore.

Enfin, si la Russie a semble-t-il appris de ses erreurs, elle n'a sans doute pas réglé tous ses problèmes de logistique. Avoir des canons, c'est bien, mais pouvoir les alimenter en projectiles, c'est mieux: des tirs de barrage massifs pourraient très rapidement vider les stocks, et la logistique –des usines jusqu'au terrain– devra cette fois être infaillible pour ne pas laisser le temps aux forces ukrainiennes de riposter.

Forces ukrainiennes qui, de leur côté, ont également appris quelques petites choses utiles depuis le début de la guerre. Elle s'est notamment montrée très douée dans l'utilisation des drones, des plus grands aux plus petits, jusqu'à des modèles commerciaux reconvertis en espions aériens à bas coût. Ils lui servent à la fois dans des missions de repérage pour ses propres canons ou dans d'autres de destruction directe; là aussi, les pays occidentaux s'activent pour lui fournir ce dont elle a besoin, des drones aux radars de surface.

Bref, l'Ukraine s'apprête à souffrir dans ses grandes plaines et villes de l'est. Mais, comme l'explique un officiel américain à The Drive, rien n'est encore joué dans cette guerre totale qui se profile –loin de là.

«Les gens pensent que c'est quelque chose d'inévitable», explique à The Drive un haut gradé américain à propos d'une victoire russe dans l'est. «Que Marioupol va tomber. Que le Donbass sera pris par les Russes. Nous ne voyons pas les choses de cette manière. Et nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous assurer que ce ne soit pas inévitable.» Reste à savoir si cela sera suffisant.

«Les gens pensent que c'est quelque chose d'inévitable. Que Marioupol va tomber. Que le Donbass sera pris par les Russes», explique à The Drive un haut gradé américain à propos d'une victoire russe dans l'est. «Nous ne voyons pas les choses de cette manière. Et nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous assurer que ce ne soit pas inévitable.» Reste à savoir si cela sera suffisant.

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