Le serpent climatique se mord la queue. | Dimitry Anikin via Unsplash
Le serpent climatique se mord la queue. | Dimitry Anikin via Unsplash

Pourquoi le changement climatique menace l'électricité éolienne

La vitesse du vent a tendance à s'affaiblir sous les latitudes tempérées, ce qui compromet le potentiel des éoliennes.

Depuis 2014, la capacité éolienne mondiale a doublé dans le monde. Les installations devraient se poursuivre au même rythme, avec 68 GW construits en 2021 selon les prévisions de l'Agence internationale de l'énergie. Sauf que pour produire de l'électricité éolienne, il faut du vent. Et c'est là que le bât blesse. Cette année, la force du vent a chuté de 15% dans le nord de l'Europe, mettant à l'arrêt des centaines de fermes éoliennes, rapporte le Financial Times.

Au mois de mars, le Grande-Bretagne a ainsi expérimenté sa plus longue période sans vent et, entre le 26 février et le 8 mars, les éoliennes n'ont tourné qu'à 11% de leur capacité, d'après le fournisseur d'énergie Drax. Au total, ce trou dans la production a représenté 2.300 GWh d'énergie en moins, l'équivalent de la consommation mensuelle de 5.900 foyers français.

Autant d'électricité en moins qui a dû être compensée par les combustibles fossiles, dont la part dans la production nationale a culminé à 73% le 6 mars. «Pour chaque gigawatt de diminution de la production éolienne, celle de gaz augmente de 0,84 GW», atteste Drax.

Normalement, ces périodes de faible vent sont prises en compte dans les plans de production des fermes éoliennes. Selon Drax, celle du mois de mars ne survient que tous les vingt ans environ.

Pénurie de vent

Le changement climatique pourrait tout bousculer, explique Paul Williams, chercheur en sciences de l'atmosphère à l'Université de Reading: «La vitesse du vent a eu tendance à s'affaiblir au-dessus de la terre au cours des dernières décennies. Cela suggère qu'il s'agit d'une véritable tendance à long terme plutôt que d'une variabilité cyclique. Le changement climatique réchauffe les pôles plus rapidement que les tropiques dans la basse atmosphère, ce qui a pour effet d'affaiblir la différence de température nord-sud des latitudes moyennes et, par conséquent, de réduire le vent à basse altitude.»

Selon les projections du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la vitesse du vent au-dessus de l'Europe occidentale, centrale et septentrionale devrait chuter jusqu'à 10% au cours des mois d'été d'ici à 2100, sur la base d'un réchauffement de 1,5°C.

D'après une autre étude de 2017, le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni devraient connaître une chute de respectivement 10%, 17% et 5% de leur production éolienne d'ici à 2100. D'autres régions devraient au contraire bénéficier d'une production accrue, comme l'Australie, le Brésil ou l'Afrique de l'Ouest.

Ceci dit, une étude publiée en 2019 par le journal scientifique Nature Climate Change estime que la vitesse des vents a augmenté de 0,64 km/h. Mais les auteurs soulignent que cela pourrait plutôt être dû à une variation cyclique. «Il est probable que l'on revienne à une tendance baissière dans les prochaines années», mettent-ils en garde.

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