Implant NFC ou smartphone? | Photo Oleg Magni / Pexels
Implant NFC ou smartphone? | Photo Oleg Magni / Pexels

Préférez-vous un implant dans le pouce ou un smartphone dans la main?

D’un côté, une puce qui fait sensation. De l’autre, ce «banal» smartphone qui fait maintenant partie de la famille. On fuit la première, on s'agrippe au second. Et pourtant, le plus compromettant des deux n’est pas celui qu’on croit.

Quand il s’agit de choisir entre une puce NFC (Near Field Communication) implantée dans son pouce et son smartphone, la décision est vite prise, n’est-ce pas? Cela va de soi: on opte pour l’option la plus sûre pour nos données, notre vie privée et notre sécurité. Attendez… On parle du smartphone ou de l’implant, là?

La petite puce qui monte qui monte...

Début 2019 ayant sonné, nous devrions prochainement tous nous voir implanter notre Carte Vitale sous la peau. L’annonce, relayée des dizaines de milliers de fois, était évidemment fausse. Pas de puce dans le pouce donc, mais un beau doigt dans l’œil. Une actualité du même type avait déjà été relayée aux États-Unis: tous les habitants devaient être implantés dans le cadre de l’Obamacare. Fake news. D’accord, mais demain? À force de crier au hoax, la véritable annonce d’une implantation massive nous guette-t-elle?

De fait, des usages de cette technologie existent déjà: sans refaire le traditionnel topo sur la Suède et ses milliers de pucés, on peut parler des Belges de l’entreprise Newfusion qui déverrouillent chaque matin leur bureau d’un simple geste de la main, des Barcelonais qui vont guincher au Baja Beach Club d’un simple high five ou encore des Tchèques qui se paient une bière au Paralelni Polis d’un simple lever de pouce. «Just smile and wave!» En France, si l’on reste encore frileux, on y a pourtant trempé un orteil en accueillant deux implant parties lors des éditions 2015 et 2017 du festival Futur.e.s (ex Futur en Seine).

Les implants, ça puce ou ça casse

Chaque actualité relative à cette pratique fait couler un flot d’encre dans la presse – et tient bien occupés les rédacteurs de blogs conspirationnistes et pro-Christ. Dégâts sur la santé, violation de la vie privée, piratage des données, surveillance et manipulation des foules: le dispositif est accusé de tous les maux. Mais de quoi parle-t-on exactement?

L’implant en question désigne un petit circuit électronique encapsulé dans un tube en verre et placé sous la peau, généralement dans la graisse entre le pouce et l’index. Pas de chirurgie nécessaire, une simple manipulation par un pierceur suffit, avec moins de douleur au programme que pour un tatouage. Rien de révolutionnaire au programme, d’autant que la puce NFC que l’implant contient est une technologie déjà omniprésente dans nos vies, et ce depuis les années 50: dans les cartes de crédit, dans les étiquettes antivol, et même dans les animaux de compagnie! «L’implant NFC n’est rien de plus que la combinaison de deux objets très mainstream: le piercing et le badge», explique le biohacker Hannes Sjöblad.

À l’heure actuelle, les implants sont utilisés à deux fins: s’identifier (ouvrir des portes, déverrouiller un téléphone, allumer la lumière, etc.) et stocker des informations (business card, données de santé, groupe sanguin, etc.). Et la sécurité dans tout ça? Si changer de serrure coûte effectivement un bras, cela justifie-t-il pour autant de s’implanter les clés dans la main?

La sécurité? Parle à ma main!

Le mythe préféré des anti-implants? Les puces serviraient à traquer les individus, connaître leur géolocalisation en temps réel et, à terme, à exercer un contrôle sur chacun. En fait, pas vraiment, voire pas du tout. Déjà parce que la technologie nichée dans les implants est dite «passive»: pour être si petit, l’implant a dû se passer de batterie et n’émet donc ni onde, ni signal GPS. On pourrait difficilement en dire autant de nos smartphones. Pour transformer un implant en tracker, il faudrait lui accoler une batterie: il aurait alors la taille d’un briquet… ou d’un mobile donc. Contrairement à ce dernier, l’implant n’a rien de smart: tout au plus peut-il stocker un peu de données sur ses quelques octets de mémoire. L’objet a non seulement la taille d’un grain de riz, il a aussi le QI d’un badge. Sans action volontaire de la part de son utilisateur, il est l’équivalent d’une carte de transport expirée.

On oublie également de rentrer dans le détail du fonctionnement des puces, laissant planer le doute sur leur fragilité et leur violabilité. Ce n’est pas l’implant qui contient le programme pour ouvrir telle ou telle porte, mais les lecteurs qui sont programmés pour autoriser – ou non – les identifiants contenus dans l’implant. Cela ne veut pas pour autant dire que le piratage est impossible, que la surveillance est écartée ni que les copies de puces sont inenvisageables, mais la technologie n’est pas à proprement parler plus piratable que nos smartphones, nos CB ou nos clés physiques.

La société suédoise Bionyfiken, créée par Hannes Sjöblad, est pionnière en matière d'implants NFD. | Bionyfiken

Comme le résume assez bien la journaliste Hélène Molinari, «la crainte la plus répandue reste bien sûr celle d’une dictature mondialisée où l’espèce humaine serait traquée en permanence. Sauf qu’en fait, nul besoin d’une puce sous notre peau, nos smartphones et objets connectés le font déjà très bien».

La peau, une barrière mentale

Quelle différence avec notre smartphone alors? Après tout, comme le dit le photographe Matthieu Gafsou à Wired, toutes les «technologies transhumanistes» n’imposent pas de retour à la chirurgie: «Le smartphone est un exemple parfait de notre fusion avec la technologie. Il est toujours proche de notre corps, il est presque impossible de vivre ou de travailler sans, et cela nous donne de nouvelles capacités, comme être capable de découvrir presque n'importe quoi très facilement.»

La peau semble précisément de la même épaisseur que la barrière psychologique qui nous fait repousser l’implant alors que nous restons aimantés à nos téléphones. Fine, mais infranchissable, c’est la limite de. Le simple fait que la puce soit sous-cutanée la rend terrifiante.

Il y a également fort à parier que si nos smartphones avaient progressivement évolué pour intégrer des implants dans le dispositif, les réticences auraient été moindres. Ici c’est trop d’un coup, alors que nous acceptons toutes les évolutions les plus douteuses de nos mobiles sans broncher : géolocalisation activée en permanence, stockage de nos données de santé dans des applis, reconnaissance faciale appliquée à nos visages et ceux de nos amis, déverrouillage par empreinte digitale, etc. Nous acceptons même les éventuels risques des ondes sur notre santé. Sauf que tout s’est fait progressivement, en douce, et que le smartphone, nous pouvons l’éteindre, le remiser et ce savoir suffit, même s’il n’est que rarement mis en pratique.

Si le seul frein venait du rapport à la chair et à l’intégrité du corps, on aurait depuis longtemps adopté les bagues RFID, dont l’usage est identique. On se serait offusqué des implants ou stérilets hormonaux qui modifient notre biologie, ou des pacemakers et pompes à insuline dont les risques de piratage restent élevés.

Pas de bras, pas de tracas?

Manque de sécurité, risque hygiénique, atteinte à la vie privée d’accord, mais le premier obstacle à l’implant reste son manque d’usage. Dans la balance, le prix à payer est trop fort pour ce qu’il fait gagner en termes de confort. Pourtant, demain, les implants sous-cutanés pourraient faire progresser la santé ou même permettre de contrôler l’usage des armes aux États-Unis.

Et c’est précisément cela qui rend l’exploration de cette technologie si importante. Comme le rappelle Hannes Sjöblad: «Le biohacking est avant tout une manière d’expérimenter un nouveau rapport à la technologie et de se réapproprier cette dernière.» La technologie reste expérimentale et il est précieux d’avoir une phase préparatoire, plutôt que d’attendre que de grandes entreprises s’en emparent. De nombreux biohackers se battent d’ailleurs pour que l’adoption des implants ne soit jamais une contrainte imposée à l’individu.

Alors smartphone ou implant? Cette question nous renvoie surtout à notre compréhension des technologies, et au rapport ambigu que nous entretenons avec elles. Si l’intégrité du corps reste une frontière inviolable (pour le moment), voilà longtemps que nous avons docilement sauté le pas vers le flicage de nos moindres faits et gestes grâce au smartphone. Et nous commençons à peine à en prendre la mesure. Quant à la puce, le symbole du marquage au fer rouge et de la traçabilité du bétail et des animaux de compagnie la rende par définition rebutante.

Il semble aujourd’hui impératif de rester à la fois critique et ouvert d’esprit pour que ces technologies ne restent pas entre les mains (ou les doigts) d’une poignée de biohackers, de curieux ou de transhumanistes férus d’expérimentations, et que l’implant reste un choix, sans que personne ne nous force la main.

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