Deux F-14 Tomcat au-dessus de la Méditerranée. | RAF / MOD / AFP
Deux F-14 Tomcat au-dessus de la Méditerranée. | RAF / MOD / AFP

Le premier microprocesseur de l'histoire fut celui, secret, du F-14

Et non le fameux 4004 d'Intel, comme l'écrit l'histoire officielle.

L'histoire, celle qu'écrivent les hommes et femmes qui la font, peut être cruelle avec certains héros laissés dans l'ombre. Ainsi en est-il de Ray Holt et de son frère Bill, auxquels Wired consacre un long et passionnant article.

Au sein d'une équipe de la compagnie Garrett AiResearch, les deux Américains ont à la fin des années 1960 conçu le Central Air Data Computer (CADC), qu'il serait légitime de considérer comme le premier microprocesseur de l'histoire, bien que la définition exacte de la chose puisse varier d'un expert à l'autre.

C'est pourtant le 4004 d'Intel, conçu par Marcian Hoff et Federico Faggin, utilisé dans des calculatrices ou des flippers, que celle-ci retiendra comme le précurseur primordial de l'appareil avec lequel vous lisez ces lignes.

C'est injuste, mais logique: Garrett AiResearch était un sous-traitant de l'avionneur Grumman et le Central Air Data Computer, couvert par le secret militaire, était l'unité centrale de traitement (CPU) permettant au F-14 Tomcat, fleuron de la flotte aéroportée américaine et héros de Top Gun, d'être le chasseur révolutionnaire qu'il fut.

Élève plutôt médiocre dans les premières années de sa scolarité, Ray Holt se révèle en revanche brillant lors de son cursus en physique de l'électricité, à l'université de l'Idaho, quand son frère lui, était admis à la prestigieuse Stanford. Les deux se retrouvent en postulant à des postes chez Garrett AiResearch.

Géométrie variable

Lors de son premier jour dans la firme, l'un de ses supérieurs le prend à part dans une pièce à l'abri des regards et sort d'une boîte un objet complexe et purement mécanique: il s'agit du système de commandes de vol d'un F-4 Phantom, alors vieillissant.

La mission de Holt, épaulé par son frère ou par l'ingénieur Steve Geller, sera de créer un équivalent 100% électronique de ces systèmes électromécaniques vieillissants, et pouvant –à partir des données recueillies en temps réels par divers capteurs– calculer l'altitude, la vitesse ascensionnelle ou l'angle d'attaque du F-14 alors en développement.

Le Central Air Data Computer, sur lequel il allait plancher jusqu'à sa complétion en juin 1970, quelques mois avant le 4004 d'Intel, devait également être en mesure d'adapter automatiquement la géométrie des ailes de l'aéronef, point fort d'un chasseur de supériorité aérienne devant être capable de très hautes vitesses d'interception comme de la grande manœuvrabilité d'un vrai dogfighter.

Ce CADC n'était pas seulement en avance de quelques mois sur le 4004 d'Intel: il était un système bien plus compétent, capable de faire calculer ses modules en parallèle ou d'exécuter ses instructions en pipeline, en avance de nombreuses années sur les puces du marché commercial.

Un expert en microprocesseurs, Russel Fish, explique ainsi à Wired que le 4004 était «capable de compter jusqu'à seize», quand le CADC «pouvait calculer des expressions polynomiales de sixième degré suffisamment rapidement pour contrôler la géométrie des ailes d'un avion de chasse supersonique».

Des exploits dont Ray Holt, son frère Bill et les équipes impliquées dans la création du CADC n'ont pu se vanter avant 1998, date à laquelle le secret est tombé.

En ce moment

Il aura fallu trois jours pour éteindre l'incendie de la méga-batterie Tesla en Australie

Tech

Il aura fallu trois jours pour éteindre l'incendie de la méga-batterie Tesla en Australie

Préparons-nous à ce nouveau type de catastrophe.

L'électrique confirmé plus vert, les 7 clés d'internet, la menace des bateaux fantômes, une journée sur korii.

Et Cætera

L'électrique confirmé plus vert, les 7 clés d'internet, la menace des bateaux fantômes, une journée sur korii.

Quatre articles pour comprendre le monde autrement.

A-t-on enfin trouvé un remplaçant au JPEG?

Tech

A-t-on enfin trouvé un remplaçant au JPEG?

L'adoption d'un nouveau standard d'images pour le web est un vieux serpent de mer.