Une pancarte brandie à Washington le 3 mars 2021 par des manifestants représente Mark Zuckerberg grimé comme l'un des assaillants du Capitole. | Mandel Ngan / AFP
Une pancarte brandie à Washington le 3 mars 2021 par des manifestants représente Mark Zuckerberg grimé comme l'un des assaillants du Capitole. | Mandel Ngan / AFP

La réputation de Facebook a-t-elle atteint un point de non-retour?

Malgré les accusations lancées contre la firme, son chiffre d’affaires a jusqu'ici été épargné. Mais le vent pourrait tourner si les jeunes continuent de fuir le réseau social.

Facebook vient sans doute de connaître le mois le plus chaotique de son existence. Une première salve a été portée par une ex-employée de la firme, Frances Haugen. Documents internes à l'appui, elle a fait ses révélations par voie de presse. Elle accuse des responsables d'Instagram d'avoir choisi d'ignorer délibérément l'impact négatif que le réseau social a sur la santé mentale des ados et sa propension à favoriser la désinformation.

Le 4 octobre, Facebook a fait face à une panne historique rendant inaccessibles ses plateformes Facebook, Instagram et WhatsApp pendant plus de six heures. Cet incident s'est produit alors que l'entreprise devait déjà se défendre devant la justice. Le groupe est suspecté d'avoir abusé de sa position dominante lors du rachat d'Instagram et de WhatsApp. Une procédure suit son cours. Bref, Mark Zuckerberg ne doit pas dormir sur ses deux oreilles.

Ce n'est pourtant pas la première fois que Facebook est sous le feu des critiques. En juillet, Joe Biden avait accusé la société de «tuer des gens» en laissant proliférer la désinformation au sujet des vaccins sur les médias sociaux qui lui appartiennent. En 2020, une lanceuse d'alerte avait déjà jeté l'opprobre sur Facebook. Ses alarmes relatives aux manipulations politiques qui se trament sur la plateforme sont restées lettres mortes.

Mais jusqu'ici, l'entreprise n'a pas été touchée là où ça fait mal. Au deuxième trimestre 2021, les profits du groupe ont bondi de 26% sur un an, pour atteindre les 29 milliards de dollars (25 milliards d'euros). Sa clientèle a progressé de 12%. De quoi convaincre les investisseurs de rester fidèles à cette poule aux œufs d'or.

Réseau de boomers

Mais ces affaires ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Facebook a de quoi s'inquiéter, même si les médias ne se sont pas encore saisis du sujet, signale The Economist. Parmi les documents que Frances Haugen a emporté en claquant la porte se cacheraient les chiffres permettant de prendre la mesure de la désaffection des jeunes.

Des projections internes rendent compte d'une baisse de l'engagement des ados. En quittant le navire, ces jeunes générations pourraient emporter 45% des utilisateurs américains dans leur sillage d'ici deux ans. L'entreprise nie.

La tendance ne fait pourtant que se confirmer: il y a quatre ans, 93% des jeunes de 17 à 27 ans utilisaient Facebook, contre seulement 54% en 2020 –et jusqu'à 28% pour les 16-18 ans, selon les chiffres de Diplomeo. Un problème n'arrivant jamais seul, les jeunes sont très sensibles au prestige des entreprises.

La réputation de Facebook serait peut-être bien en train d'«approcher d'un point de non-retour, met en garde The Economist. Même lorsque [Mark Zuckerberg] avance des réponses convaincantes et rationnelles à madame Haugen, les gens ne veulent plus l'entendre. Il est tourné en ridicule voire complètement ignoré». L'hebdomadaire enfonce le clou: «L'entreprise risque de rejoindre les rangs des parias au même titre que les fabricants de tabac. Si cette idée s'installe, Facebook risque en outre de voir filer ses employés jeunes et progressistes.»

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