Un match de boxe à Dakar, au Sénégal, le 29 février 2020. | Seyllou / AFP

Un match de boxe à Dakar, au Sénégal, le 29 février 2020. | Seyllou / AFP

Pourquoi nous déchirons-nous autant sur les réseaux sociaux?

La sociologie et les mathématiques offrent quelques pistes sur ces mécanismes de polarisation.

Au-delà d'un respect pour le moins limité de nos données personnelles, l'un des plus grand reproches fait aux réseaux sociaux est qu'ils participeraient à la division de nos sociétés. Beaucoup déplorent le fait qu'il soit devenu difficile de tenir un débat apaisé sur Internet, trop pollué par la colère et le ressentiment envers le camp opposé.

C'est notamment le cas aux États-Unis, où Facebook et Twitter sont vus comme de grands accélérateurs du clivage qui marque le pays et ce, à quelques jours d'une élection présidentielle explosive.

Il faut toutefois distinguer deux types de polarisation, explique Christopher Bail, un professeur de sociologie à la Duke University. La polarisation affective (à quel point les membres d'un côté de l'échiquier politique détestent les membres de l'autre bord) a en effet tendance à s'accroître, alors que la polarisation idéologique (à quel point les positions politiques des deux pôles diffèrent) a, elle, connu peu d'évolution.

Ce phénomène de croissance de la polarisation affective est-il causé par Internet? Il est difficile de déterminer le rôle exact que jouent les réseaux sociaux dans ce phénomène, répond Bail.

Il est en revanche possible d'étudier comment ils influencent nos positionnements politiques. Le phénomène le plus connu est la fameuse bulle de filtre, qui nous enferme dans une position d'«isolement intellectuel», où nos opinions politiques sont à la fois partagées et galvanisées sans cesse par tous et toutes.

Attraction-répulsion

Pourtant, une étude dirigée par Bail montre qu'être exposé à des opinions opposées aux siennes sur Internet ne fait qu'accroître les avis préexistants. Ces résultats semblent aller à l'encontre du concept même de la bulle de filtre, mais les deux phénomènes fonctionnent en réalité main dans la main.

En effet, sur Internet comme partout, les discours extrêmes attirent l'attention. Celle des internautes mais aussi celle des algorithmes, qui vont déterminer les contenus mis en avant et favoriser les positions clivantes, qui créent plus de réactions et d'engagement. De ce fait, lorsque l'on est exposé à un point de vue différent du sien, il est souvent radical et crée un «effet de répulsion».

D'après les mathématiciens David Sabin-Miller et Daniel Abrams, qui ont construit un modèle afin de comprendre quelles stimulations polarisent les réseaux sociaux, cet «effet de répulsion» est souvent plus puissant que celui d'attraction causé par la bulle de filtre.

Comme le souligne le Wall Street Journal, les Russes en charge d'influencer les élections américaines ont bien compris ce mécanisme d'attraction-répulsion. Ces trolls professionnels jouent ainsi sur deux tableaux en jouant les rôles des deux camps, expliquent les mathématiciens. Ils encouragent un type d'opinion tout en imitant de manière caricaturale l'opinion opposée –une méthode cruellement efficace.

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