Plus de 39% des étudiant·es ont été sous-noté·es par l'algorithme, menaçant leur place à l'université. | Tobias Schwarz / AFP
Plus de 39% des étudiant·es ont été sous-noté·es par l'algorithme, menaçant leur place à l'université. | Tobias Schwarz / AFP

Le désastre algorithmique du Parcoursup britannique

Au Royaume-Uni, le logiciel a introduit des inégalités en défaveur des classes les moins aisées.

La pandémie de coronavirus n'a pas seulement coupé court à l'année scolaire des jeunes Britanniques, elle a également chamboulé leur avenir et la poursuite de leurs cursus –bien aidée par un algorithme mal conçu.

En lieu et place d'un test de fin d'année, qui ne pouvait se dérouler en raison du Covid-19, l’Ofqual, l'organe d'État chargé de superviser les examens scolaires au Royaume-Uni, a pris une décision aux lourdes conséquences: mettre en place un algorithme pour harmoniser les notes des élèves, évalués uniquement en contrôle continu pour leur admission aux grandes écoles.

Si l'objectif annoncé était avant tout de privilégier l'équité des admissions, ce qu'un examen anonyme de fin d'année permet habituellement, l'expérience a mal tourné.

Plus de 39% des étudiant·es ont été sous-noté·es par l'algorithme, rapporte MIT Technologie Review. Pire, l'analyse des calculs de la machine a montré que l'impact a été plus grand sur les élèves issus de la classe ouvrière et des communautés défavorisées. À contrario, les élèves des écoles privées ont vu leurs résultats sensiblement augmenter.

«Fuck the algorithm»

La découverte de la situation a provoqué un tollé outre-Manche. Des centaines de personnes se sont rassemblées mi-août dans les rues de Londres en criant «Fuck the algorithm». Une protestation qui a porté ses fruits. Le 17 du mois, l'annonce est tombée: chaque étudiant·e aurait soit la note attribuée par l'algorithme, soit celle attribuée par leurs enseignant·es, en fonction de la plus élevée des deux.

La MIT Technologie Review n'est pas tendre avec l'algorithme, ni avec celles et ceux ayant pris la décision de l'utiliser. Pour la journaliste Karen Hao, l'Ofqual a privilégié l'optimisation et la normalisation à la réflexion. L'organisme a oublié son objectif premier, celui d'aider les étudiant·es à choisir leur avenir dans une période anxiogène et difficile.

D'une manière plus générale, le média remet en cause l'utilisation d'algorithmes pour gérer des situations complexes et aux conséquences importantes, comme l'admission dans une université. «La vérité est que les algorithmes ne peuvent pas réparer les systèmes cassés. Ils héritent des failles des systèmes dans lesquels ils sont placés», écrit Karen Hao.

En France, l'utilisation de Parcoursup pour les admissions post-bac fait également débat. Lancée en janvier 2018, la plateforme nationale et son algorithme sont souvent pointés du doigt pour plusieurs raisons.

Compliqué à utiliser, liste d'attente interminable (chaque année, le premier jour sur Parcoursup, près de la moitié des candidat·es se retrouvent sur liste d'attente), opacité de la plateforme et des formules logicielles utilisées, les critiques ne manquent pas. Ce scandale chez nos voisins britanniques ne rassurera sûrement pas les plus sceptiques.

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