Vladimir Poutine au volant d'une Lada Granta, en 2011. Le conducteur a depuis pris quelques rides, et le véhicule perdu quelques pièces. | Alexey Nikolsky / RIA Novosti / AFP
Vladimir Poutine au volant d'une Lada Granta, en 2011. Le conducteur a depuis pris quelques rides, et le véhicule perdu quelques pièces. | Alexey Nikolsky / RIA Novosti / AFP

En Russie, banditisme automobile et retour des vieilles Lada sans option

Les sanctions occidentales sont un cauchemar pour le secteur automobile russe.

«C'est le retour du banditisme.» Il y a quelques jours, le Guardian rapportait cette phrase d'Eldar Gadzhiev, un Russe possédant quatre automobiles qu'il loue à des taxis moscovites.

Gadzhiev s'était fait voler le moteur de l'une de ses Skoda et le savait: cela mettait son business dans une position plus que délicate. «J'ai pensé: les réparations vont me coûter aussi cher que la voiture», commente-t-il ainsi au quotidien britannique.

Lorsqu'il a raconté sa mésaventure sur un forum en ligne, l'homme s'est vu assailli de propositions de réparations et de nouveaux moteurs, à des prix bien sûr prohibitifs: dans un pays où les sanctions occidentales ont tari toutes les importations, le trafic de pièces détachées, dont le prix a été multiplié par dix, va bon train, tout comme les rapines qui les précèdent nécessairement.

Dans un «grand bon en arrière», tout le secteur automobile russe est ainsi en train de s'effondrer. Les ventes de voitures neuves ont chuté de 83,5% sur un an, le gouvernement se voit contraint d'alléger les normes pour tenter –sans succès– de parer au manque de pièces.

Mercedes-Benz, VW, Ford, Toyota... Les constructeurs étrangers ont fui le marché comme les usines, telle Renault, qui fut l'une des dernières à se désengager après l'invasion de l'Ukraine en vendant ses actifs locaux, en l'occurrence le constructeur des Lada Avtovaz, pour une poignée symbolique de roupies de sansonnet.

Comment continuer à construire des automobiles quand les nombreuses pièces étrangères dont elles dépendent, de haute comme de basse technologie, ne peuvent plus passer la frontière?

Naphtaline

Les lignes ont d'abord dû s'arrêter quelques mois: impossible de continuer sans les pièces manquantes, c'est aussi simple que cela. Puis la réponse du gouvernement russe et des constructeurs locaux a consisté à faire renaître un vieux tacot de la marque Lada, présenté comme «sanctions-proof», la Granta Classic.

Bien que les Russes n'achètent plus de voitures, ou si peu, celle-ci a recommencé à être produite sur les lignes d'Avtovaz, en l'adaptant aux contraintes du jour et en prenant en compte les pénuries dues aux sanctions. De ce fait, la Granta Classic porte bien la seconde moitié de son appellation: lancée initialement en 2011, elle est bel et bien une «classique», presque une vintage.

Symbole de l'autarcie dans laquelle l'économie russe a été plongée, symbole aussi du grand retour en arrière que subit le pays et ses habitants, elle est un véhicule des plus rustiques animé par un moteur des années 1990 et dont l'ABS, les airbags, les systèmes de navigation par satellite ou les prétensionneurs de ceinture de sécurité sont désormais absents.

Elle est une voiture d'économie de guerre, qui ne pourrait être vendue sur le marché européen si par miracle les sanctions se voyaient assouplies: elle ne respecterait que les normes de pollution édictées en 1996 pour l'UE.

Comme le note The Drive, ces mésaventures du secteur automobile russe ne sont pas propres aux véhicules roulants. L'un des types de sanctions les plus efficaces contre l'ensemble de l'économie russe concerne le secteur aérien.

Si Moscou a réussi à garder la main sur des dizaines d'aéronefs qu'elle aurait dû rendre à ses propriétaires européens, le pays est sevré de pièces détachées et commence déjà à désosser certains avions pour continuer à en faire voler d'autres.

Cette situation n'est pas sans poser de problèmes sécuritaires: la Chine, pourtant diplomatiquement proche de la Russie, a interdit son espace aérien aux Airbus et Boeing russes, et l'inquiétude sur la sécurité des passagers de ces avions-Frankenstein s'accroît partout dans le monde.

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