Et s'il appuyait sur le bouton? | Pavel Bednyakov / Sputnik / AFP
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Bluff ou pas? Les capitales occidentales se préparent à la menace atomique de Poutine

Sait-on jamais...

Répétées sans voile lors d'une récente allocution télévisée, associées à un «Ce n'est pas du bluff» des plus inquiétants, les nouvelles menaces du président russe Vladimir Poutine de faire appel à l'arme atomique en cas de besoin dans la guerre en Ukraine n'amusent que moyennement les capitales occidentales.

«Nous prenons la menace à mort au sérieux», a ainsi publiquement déclaré le conseiller à la sécurité de la Maison-Blanche Jake Sullivan lors d'une interview donnée à la chaîne CBS News, utilisant l'expression anglaise peut-être quelque peu malheureuse «deadly seriously».

Il expliquait en outre que la Maison-Blanche avait déjà pris langue avec les niveaux les plus élevés du Kremlin pour mettre les choses au clair si le pire était à venir.

«Nous avons expliqué directement, de manière privée et à très haut niveau au Kremlin qu'une quelconque utilisation de l'arme nucléaire aurait des conséquences catastrophiques pour la Russie, que les États-Unis et leurs alliés répondraient de manière décisive, et nous avons été clairs et précis quant à ce que cela signifiait», disait-il ainsi.

Comme le patron de ses armées Valeri Zaloujny début septembre, le président ukrainien Volodymyr Zelenski ne croit pas non plus à un bluff de la part du maître du Kremlin.

Sa «mobilisation partielle» décrétée le 21 septembre ne se déroule pas sans heurts ni ratés et ses effets sur le terrain, avec des soldats envoyés au front sans le moindre entraînement, pourraient être faibles sinon désastreux –de quoi le pousser dans d'extrêmes retranchements.

Pourtant, des officiels interrogés par le Financial Times ne croient pas fermement en ce basculement ultime du conflit dans l'horreur atomique. Ce qui n'empêche pas les nations qui les emploient de se préparer soigneusement à toute éventualité –Varsovie, par exemple, a commencé à distribuer des pastilles d'iode à ses habitants.

Ce que murmurent ces officiels est intéressant: en cas d'utilisation de l'arme nucléaire par Vladimir Poutine, peut-être des armes tactiques aux conséquences dramatiques mais aux rayons d'action limités, la réponse pourrait ne pas être elle-même atomique, mais conventionnelle.

En clair, et c'est notable: alors que Joe Biden répète qu'une «guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit être livrée» et parle d'une réponse proportionnée, l'Occident pourrait taper et taper très fort pour punir la Russie, mais ne viserait pas l'escalade apocalyptique.

Moscou, en outre, se mettrait sans doute définitivement à dos ses vagues derniers soutiens, l'Inde et la Chine en tête, si elle devait franchir cette ligne infranchissable.

Étapes

Et si le bluff n'était pas du bluff, il reste encore quelques étapes avant que les armes ne viennent atomiser leurs cibles au sol: c'est un ultime coussin de sécurité pour les parties en jeu afin de négocier –ou frapper– avant qu'il ne soit trop tard.

«Les armes atomiques russes sont stockées dans des entrepôts spéciaux dans le pays», explique au FT Simon Miles, expert en sécurité et professeur à la Sanford School of Public Policy de l'Université de Duke. «Le processus pour préparer ces armes, installer les têtes nucléaires dans les projectiles générerait une activité importante que le renseignement américain pourrait observer.»

Même l'utilisation potentielle de missiles à longue portée, qui sont déjà en alerte maximale du côté russe, offrirait quelques signes observables en amont, suggérait récemment à Newsweek un autre expert en matière nucléaire, Hans Kristensen.

«Il y aurait un certain nombre d'activités détectables dans le système de commande et de contrôle nucléaire et les communications générales, qui indiqueraient que quelque chose se prépare», précisait-il. On se souvient par exemple, en mars 2021, d'un étrange ballet dans les cieux russes qui avait pu faire croire à de telles préparations.

Il resterait donc encore quelques étapes à effectuer à Vladimir Poutine s'il souhaitait réellement franchir le Rubicon... Autant de préparations visibles et connues qui offriraient à l'Occident une chance de mettre un terme à ses velléités atomiques.

Celles-ci, estime de surcroît le Financial Times, pourraient faire long feu et n'avoir aucun impact significatif, autre que politique et symbolique, sur l'issue de la guerre entamée en Ukraine.

«Il faut un certain degré d'intégration avec ses forces conventionnelles, que ce soit pour stopper une attaque ou pour avancer. Ils n'ont pas vraiment démontré qu'ils étaient capables de ça», commente Pavel Podvig de l'Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement.

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