Vladimir Poutine lors d'exercices militaires dans la mer de Barents, en 2005. | Alexey Panov / ITAR-TASS / AFP
Vladimir Poutine lors d'exercices militaires dans la mer de Barents, en 2005. | Alexey Panov / ITAR-TASS / AFP

La Russie priée d'abandonner son «Tchernobyl volant»

Un nouvel incident provoqué par un missile à propulsion nucléaire a ravivé les inquiétudes des autorités américaines.

Pour l'OTAN, son nom de code est SSC-X-9 Skyfall. Les médias l'ont surnommé ironiquement «Tchernobyl volant». Le missile russe de croisière à propulsion nucléaire Burevestnik («oiseau de tempête») s'était fait remarquer en août 2019, lorsqu'il avait explosé à deux kilomètres du village de Nyonoksa, au bord de la mer Blanche. L'accident avait entraîné la mort de sept personnes et des retombées radioactives aux alentours.

Le 21 juillet dernier, Marshall Billingslea, responsable du contrôle des armes du gouvernement américain, s'est à nouveau inquiété du missile hypersonique russe. «Ce type d'armes ne devrait pas exister du tout», a-t-il déclaré lors d'une audition devant le Sénat. «J'ai été très clair avec mon homologue russe sur le fait que ce sont d'énormes gaspillages de fonds et qu'il doit renoncer à ce genre d'idée déstabilisatrice.»

La nervosité des Américains est remontée d'un cran après la découverte début juillet d'une nouvelle fuite radioactive provenant du nord de la Russie. Deux réacteurs civils ont d'abord été suspectés mais les soupçons se sont rapidement portés vers la piste militaire, en particulier deux armes nucléaires.

Cauchemar environnemental

Dans la ligne de mire des observateurs, le Burevestnik, un missile de croisière intercontinental théoriquement capable de déjouer tout système de défense antimissile, ainsi que le Poseidon, une torpille conçue pour être lancée à partir de sous-marins et censée déclencher un tsunami lors de son explosion. Les deux engins seraient alimentés par un petit réacteur nucléaire refroidi au métal liquide.

«Il suffit de penser au panache radioactif que le Burevestnik générerait en tournant en rond. Il n'y a aucun argument valable et logique pour détenir ce genre d'arme apocalyptique», s'est ému Marshall Billingslea.

Les Américains savent de quoi ils parlent: dans les années 1960, l'armée américaine avait elle aussi tenté de mettre au point un missile de croisière alimenté par un réacteur nucléaire. «C'était un cauchemar environnemental», tranche Jeffrey Lewis, un expert nucléaire du Middlebury Institute of International Studies à Monterey. Le Pentagone avait stoppé le projet en 1964.

Les déclarations et les tweets intempestifs de Marshall Billingslea ont passablement énervé les Russes. «Est-ce que les missiles nucléaires américains ultra-modernes qui remplaceront les missiles balistiques intercontinentaux Minuteman sont des armes humaines ou des “anges venus des cieux”?», a ainsi ironisé le sénateur russe Alexeï Pouchkov sur son compte Twitter.

«Les États-Unis devraient s'abstenir de conseiller la Russie sur ce sur quoi elle doit travailler ou non, et réfléchir à de nouveaux mécanismes de contrôle des armes nucléaires. Au lieu de cela, ils se sont retirés du FNI, se retirent de START-3 et s'emploient à renforcer leur capacité nucléaire déjà puissante. C'est ça, l'approche de l'apocalypse.»

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