Jay Y. succède à l'homme qui a fait de Samsung l'ogre électronique qu'il est. | Yonhap / AFP
Jay Y. succède à l'homme qui a fait de Samsung l'ogre électronique qu'il est. | Yonhap / AFP

La lourde tâche de l'héritier Samsung

Lee Jae-yong hérite d'un ogre endormi de l'électronique: à charge pour lui de le réveiller, si la justice ne s'en mêle pas.

Dimanche 25 octobre s'éteignait, à 78 ans, l'un des personnages les plus importants de la Corée moderne. Accompagnant l'éveil économique de son pays, Lee Kun-hee est l'homme qui a propulsé Samsung vers les sommets, transformant une petite pousse locale en un ogre de l'électronique mondial.

Comme le raconte le Wall Street Journal, Lee Kun-hee était fameux pour ses paris téméraires, investissant en 1974 la moitié de sa fortune personnelle dans une entreprise de semi-conducteurs à demi-morte pour en faire un acteur mondial et dominant, ou demandant à ses cadres de «tout changer sauf vos femmes et vos enfants».

La question de la succession d'un tel personnage à la tête de l'empire n'a donc rien de simple. À la suite d'une attaque, Lee Kun-hee avait depuis 2014 passé les rênes à son fils, Lee Jae-yong, devenu de facto le patron de la vache à lait du conglomérat coréen, Samsung Electronics Co.

Le grand-père puis le père ont accompagné la croissance de Samsung dans des conditions difficiles –la fin de l'occupation japonaise pour le premier, les suites de la guerre de Corée pour le second.

Pour Lee Jae-yong, éduqué à Harvard, trilingue et nommé Jay Y. en Occident, point de lutte: à 52 ans, c'est une entreprise en très grande forme –la cinquième marque la plus puissante au monde– dont il prendra en main la destinée.

Succession

Mais c'est maintenant que les choses, pour lui, se compliquent singulièrement. Jay Y. a deux sœurs. Il semble peu probable qu'elles se lancent dans un bras de fer pour le contrôle de Samsung Electronics mais, explique au WSJ un économiste de l'Université de Séoul, il n'est pas impossible qu'elles réclament –logiquement– la maîtrise personnelle de certaines activités du conglomérat.

L'État coréen aura lui aussi son mot à dire, ou du moins son obole à prélever: le taux d'imposition sur les successions peut, dans le pays du Matin calme, atteindre 60%.

Surtout, si la forme de Samsung semble éclatante dans bien des domaines, de la mémoire aux processeurs, des smartphones aux écrans, si elle est un fournisseur incontournable pour nombre d'autres géants du secteur, elle semble sous la houlette discrète de Lee Jae-yong avoir loupé certains virages importants.

Selon les analystes, c'est notamment le cas des services –cloud, logiciels et applications, IA, streaming– qui permettent par exemple à Apple d'envisager un avenir à 360 degrés, dans lequel la vente d'appareils nourrit d'autres profits réguliers, qui eux-mêmes appellent l'achat de plus d'appareils.

Comme son père avant lui, condamné par deux fois pour corruption ou évasion fiscale, Lee Jae-yong traîne quelques lourdes casseroles judiciaires. Il a ainsi été condamné à cinq ans de prison en 2017 pour le versement de pots-de-vin à Park Geun-hye, président sud-coréen, en échange de son soutien lors de négociations commerciales cruciales.

Jay Y. a déjà passé une année derrière les barreaux; il est sorti après avoir fait appel. Mais cette affaire n'est pas encore close qu'une autre s'ouvre, avec cette fois des poursuites engagées pour diverses manipulations boursières.

Si le passage de témoin peut s'avérer délicat, et si les dernières années ont montré un géant plutôt endormi, Lee Jae-yong a tout de même quelques armes importantes à activer pour poser sa propre marque sur l'histoire à venir de Samsung.

Proche des élites de la Silicon Valley –notamment de Tim Cook– et ayant tissé des liens intéressants avec les cercles politiques américains, il dispose d'un trésor de guerre colossal: Samsung est assise sur une montagne de 80 milliards de dollars (67 milliards d'euros) qui, s'ils sont investis avec vista et inventivité, devraient lui garantir de solides horizons.

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