Le Summit d'IBM, qui n'est plus l'Himalaya des supercalculateurs. | Carlos Jones / ORNL via Wikimedia Commons
Le Summit d'IBM, qui n'est plus l'Himalaya des supercalculateurs. | Carlos Jones / ORNL via Wikimedia Commons

Supercalculateurs: les États-Unis courent derrière une Chine triomphante

Géopolitique et concours de bits.

Armée, économie, technologie, science: difficile de nier la position dominante des États-Unis dans de très nombreux domaines. Il en est pourtant un qui a fini par échapper aux Américains, et qui pourrait dessiner les décennies géopolitiques à venir: celui des supercalculateurs, ou superordinateurs, dans lequel la Chine est désormais largement passée devant.

Comme l'explique le Financial Times, l'empire du Milieu dispose maintenant de 186 des 500 machines les plus puissantes du monde, contre 123 pour les États-Unis.

En octobre 2021, nous rapportions surtout comment Pékin et ses agences avaient réussi, dans le plus grand des secrets, à développer non pas un mais deux «supercalculateurs exaflopiques», capables d'effectuer plus de 10 puissance 18 (soit 1 milliard de milliards) opérations par seconde.

Ce n'est donc peut-être pas un hasard si le programme spatial chinois se développe à une telle vitesse, ou si le pays a réussi à prendre beaucoup d'avance sur son programme de missiles hypersoniques, au grand dam de Washington qui annonce seulement ces jours-ci des embryons de premiers succès. Car pour régner dans le domaine technologique, les nations se doivent d'abord de régner dans celui de ces calculatrices géantes, les seules à même de pouvoir faire des bonds de géant à la science et la recherche.

La réussite chinoise en la matière est d'autant plus surprenante, expliquent les observateurs interrogés par le FT, qu'elle est purement autochtone: les sanctions technologiques prises par les États-Unis contre la Chine, en particulier dans le domaine des supercalculateurs, l'ont obligée à ne compter que sur ses propres compétences.

Alors, les États-Unis tentent d'accélérer la cadence afin de tenter de rattraper cet important retard. À l'US Department of Energy de Oak Ridge (dont le site annonce la couleur: «Résoudre les gros problèmes»), les scientifiques mettent la dernière main au premier calculateur exaflopique américain, qui pourrait faire mouliner ses premières données au printemps 2023.

35383773, mais en plus rapide

Mais pendant que les États-Unis bricolent, la Chine travaille: ses machines, sur lesquelles un épais voile de secret a longtemps été posé, sont déjà calibrées et fonctionnent depuis quelque temps.

Et si les États-Unis souhaitent se doter de trois calculateurs exaflopiques à terme, la Chine en annonce dix à l'horizon 2025: pouvoir disposer de ses propres processeurs et technologies pour les développer est un nouvel atout qu'elle ne se privera pas d'utiliser.

Les experts notent néanmoins que les États-Unis ne sont pas tout à fait largués dans ce domaine si crucial dans l'avenir du monde –notamment parce qu'il est central dans le développement de nouveaux armements. Le pays serait encore très fort dans l'exploitation logicielle desdites machines, un aspect sur lequel la Chine progresse aussi à pas de géant.

Ils notent enfin que ce développement en parallèle et en concurrence des superordinateurs n'est sans doute pas idéal pour le monde: chaque côté de ce nouveau rideau de fer –ou de silice– gagnerait beaucoup à accéder à la logique de la concurrence pour faire avancer ses propres recherches.

Le monde étant en train de brûler, il est peut-être urgent de mettre en commun ces puissances gargantuesques pour autre chose que des engins de mort exclusifs.

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