Vibrer à plusieurs à des milliers de kilomètres de distance, c'est désormais possible –avec ou sans volonté orgasmique. | We-Vibe
Vibrer à plusieurs à des milliers de kilomètres de distance, c'est désormais possible –avec ou sans volonté orgasmique. | We-Vibe

Sextoys connectés: loin des yeux, près du corps

Les relations de couple à distance sont devenues chose commune. Jouir d'une vie sexuelle à deux malgré les kilomètres, aussi.

Comment étions-nous en couple avant internet? Avant WhatsApp et Facebook? Avant la possibilité d'acheter un billet d'avion en quelques clics sur le site d'une compagnie aérienne low cost? Avant les appels Skype et FaceTime? Il est presque difficile de se souvenir. Internet a fait voler en fumée les limites géographiques de nos relations amoureuses. Ce n'est pas un hasard si les relations à distance sont aujourd'hui légion.

«La tendance pour les couples mariés est d'être ensemble mais de vivre séparés», explique Mal Harrison, sexologue américaine et éducatrice sur le sexe et «l'intelligence érotique». «Pour beaucoup de couples, avoir de l'espace est un moyen de maintenir la flamme. C'est la plus grosse tendance globale, peu importe la religion ou la classe sociale.» En France, 1,2 million de personnes se disent «en couple» avec quelqu'un qui ne vit pas dans le même logement.

Mais en nous permettant de maintenir un lien permanent via les écrans, toutes ces possibilités font également disparaître nos repères. L'un d'eux: comment partager une vie sexuelle… à des kilomètres de distance?

Partenaire particulier

Depuis quelques années, des produits ne cessent de voir le jour pour combler le manque. Parmi eux, les sextoys connectés –en anglais «teledildonics». Première possibilité: votre partenaire peut contrôler le sextoy depuis l'autre bout du monde grâce à une application et une connexion Bluetooth. Cette option est pour le moment essentiellement valable avec des sextoys féminins et les plugs anaux comme We-Vibe Sync ou Hush et Lush chez Lovense. Vous pouvez également connecter votre sextoy à un film pornographique, à une expérience en réalité virtuelle ou à une lecture de livre (comme Vibease) –l'idée étant que vous gardiez les mains libres pendant l'expérience.

Le sextoy connecté Esthesia | Vibease

Deuxième possibilité, deux sextoys sont synchronisés l'un avec l'autre et les mouvements des partenaires sur leur sextoy sont partagés par celui de l'autre. C'est par exemple le cas du Launch de Fleshlight, sextoy masculin, et du Fuse d'OhMiBod, sextoy féminin. Tous les deux ont été développés avec Kiiroo, entreprise à l'origine d'une technologie permettant à deux objets d'avoir une connexion à double sens et sans temps de latence.

«Les sextoys sont très personnels. Je ne crois pas qu'on puisse en fabriquer un qui convienne à tout le monde», avance Tom Timmermans, le directeur général de Kiiroo. «C'est pour cela que je voulais rendre notre technologie, “Feelrobotics”, accessible à tous: plus il y aura de consommateurs, plus les entreprises de contenus vont essayer de nous implémenter dans leurs produits… Plus il y aura de possibilités pour les consommateurs.»

Et ces possibilités sont déjà en train de se multiplier de manière exponentielle. Les sextoys sont une industrie en pleine croissance: le marché représentait en 2016 15 milliards de dollars (près de 13 milliards d'euros) et, chiffre en or, pourrait grimper à 50 milliards de dollars (plus de 44 milliards d'euros) en 2020.

Sexe, voix et vidéo

«Et nous n'en sommes qu'au début», prédit Bryony Cole, créatrice du passionnant podcast Future of Sex. «Nous sommes encore dans cet entre-deux où nous naviguons entre les technologies et les utilisons à l'ancienne. Mais l'objectif final est qu'on ne réalise même plus qu'on utilise cette technologie –qu'elle devienne invisible. Que vous n'ayez plus à regarder un écran, mais qu'elle soit juste une autre partie de nous.»

Le OVibe, sextoy doté d'une intelligence artificielle | OVibe

D'ailleurs, le contrôle via Bluetooth n'est que la partie émergée (et maîtrisée) de l'iceberg. Les produits d'OhMiBod peuvent être contrôlés et activés grâce à la voix et Alexa, l'assistant vocal d'Amazon. OVibe est un sextoy qui a même sa propre intelligence artificielle intégrée. Le produit «gonfle, remue, chauffe et apprend ce que vous aimez en utilisant l'intelligence artificielle», promet l'entreprise dans sa campagne de financement participatif. OVibe n'en est encore qu'à l'étape du prototype mais la démo fonctionne. Et il n'est pas difficile d'imaginer un futur où vous porteriez une combinaison haptique qui vous permettrait de percevoir le toucher et pourrait reproduire une caresse sur l'épaule.

Les opportunités de tels produits sont loin d'être limitées au sexe, et permettre aux gens d'utiliser leurs sextoys avec les mains libres n'est pas qu'une question de confort. C'est aussi, pour les créateurs de sextoys, une question de philosophie. Tom Timmermans de Kiiroo n'implante d'ailleurs pas sa technologie que dans des vibromasseurs. «Il y a des centaines de recherches sur ce que le toucher fait aux êtres humains. Et la technologie peut nous aider à communiquer ce que nous ressentons à distance –et pas seulement grâce à des produits à destination des adultes. Nous avons travaillé avec Hey Bracelet par exemple. Vous touchez votre bracelet et quelque part, ailleurs dans le monde, quelqu'un ressent le bracelet qui se contracte. C'est une autre manière de dire bonjour et cela suscite des émotions différentes.

Et la tendresse, bordel?

Une expérience très intéressante est celle du Kissenger. L'équipe de recherche du Mixed Reality Lab en Malaisie a développé un appareil permettant de –plus ou moins– reproduire la sensation d'un baiser. «C'était tellement intéressant de voir les réactions des gens pendant les salons ou les conférences», se souvient Emma Yann Zhang, qui a codéveloppé le projet. «Pour la plupart, c'était la première fois qu'ils embrassaient un objet électronique.»

La chercheuse a reçu de nombreux mails de couples à distance demandant si le produit était en vente via le site internet du Kissenger. Dans ces messages, certains demandaient pourquoi le baiser reproduit n'était pas plus similaire à un vrai baiser –les chercheurs auraient par exemple pu y ajouter une texture humide, le bruit... «Nous ne voulions pas que le Kissenger soit trop sexuel, répond Emma Yann Zhang. Pour qu'on puisse aussi s'en servir pour un baiser sur la joue ou entre membres d'une même famille.»

Le Kissenger, pour se faire des bisous à distance

Mais si la demande est forte pour ce genre de produit, c'est aussi parce que l'acte sexuel est loin de se limiter à l'orgasme. Et c'est quelque chose que l'industrie comprend de plus en plus: les sextoys veulent nous reconnecter à notre corps, à l'autre et à nos émotions.

«Tous les fabricants de sextoys étaient des hommes jusqu'à récemment, observe Mal Harrison. Ils pensent que les femmes veulent un pénis dans leur vagin. C'est ce qu'on nous a appris. Or la majorité des femmes n'ont pas d'orgasme seulement grâce à la pénétration: lorsque les femmes peuvent créer les sextoys qu'elles veulent utiliser, on obtient des produits très différents. Et puis il y a la question de la qualité des sextoys. Je me souviens, quand j'étais plus jeune, ils étaient en plastique, traités avec plein de produits chimiques… Aujourd'hui, ils sont en silicone de grade médical.»

Pour Bryony Cole, le potentiel de ces innovations est encore à découvrir. «Lors de l'un de nos Hackaton Future of Sex à Sydney, quelqu'un avait développé un sextoy qui se contrôlait juste à la voix pour les handicapés physiques, raconte-t-elle. Ce produit est une opportunité pour les relations à distance bien sûr, mais aussi pour les personnes âgées par exemple.»

Car les sextoys ne se substituent pas à l'acte en lui-même, ils ne sont qu'un outil, un bonus. «Nous ne remplaçons pas la vraie intimité, philosophe Tom Timmermans. Nous ne remplaçons pas une vraie émotion ou un vrai contenu. Nous sommes juste là pour rapprocher les gens qui ne peuvent pas se toucher –et ce au quotidien. Qu'on parle de longue distance, de handicap… Peu importe la raison. C'est pour eux que nous créons un extra.»

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