Tracer des bactéries, pourquoi pas –tracer les personnes qui les portent pourrait en revanche s'avérer plus problématique. | Prawny via Pixabay
Tracer des bactéries, pourquoi pas –tracer les personnes qui les portent pourrait en revanche s'avérer plus problématique. | Prawny via Pixabay

Votre smartphone peut stopper des virus

Les données de localisation des téléphones portables permettent un suivi étroit des épidémies. Mais à quel prix pour la vie privée?

Des scientifiques souhaitent utiliser les données de localisation de votre smartphone pour empêcher la propagation de maladies. Une démarche certes respectable, mais qui, en ces temps de violation des données privées, est loin d'offrir toutes les garanties de sécurité.

Afin d'étudier la manière dont une maladie se répand au sein d'une ville, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) a testé cette année une technique peu orthodoxe.

Grâce à un accord passé avec Singtel, le géant des télécommunications singapouriennes, ses chercheurs ont pu accéder à quatre mois de données de localisation remontant à 2011 et provenant de téléphones anonymisés pour l'expérience.

Objectif: suivre l'avancée d'un épisode de dengue, en partant du principe que l'épidémie s'était déplacée à travers la ville en suivant le même itinéraire que les téléphones des gens. Après avoir comparé leurs prédictions au recensement du nombre de cas, ils ont ainsi établi que leur hypothèse se vérifiait rigoureusement.

Suivi ciblé, inquiétudes légitimes

Alors que d'ordinaire, l'analyse des épidémies s'opère à plus grande échelle, l'étude du MIT permet d'examiner la manière dont une maladie se déploie au sein de plus petits territoires, telles que les villes.

«Ces données peuvent s'avérer particulièrement utiles dans les tout premiers temps de l'épidémie», estime Emanuele Massaro, chercheur à l'École polytechnique fédérale de Lausanne et principal auteur de la publication.

Il va plus loin encore et considère que «les scientifiques, les ONG et les décideurs politiques devraient avoir davantage accès aux données de nos téléphones afin de prédire et de contenir au mieux les épidémies».

D'autres projets semblables ont vu le jour, à l'instar de HealthMap, programme de cartographie en ligne développé par des chercheurs de l'hôpital pour enfants de Boston et de l'Université Harvard. HealthMap a très tôt analysé ce que serait l'épidémie d'Ebola de 2014 en Guinée et permet de suivre à la trace de nombreuses maladies, telles que la dengue ou la malaria.

Mais dans un moment de prise de conscience générale sur la collecte et l'exploitation non consentie de nos données, ces initiatives, bien que scientifiques, suscitent quelques inquiétudes. D'autant plus qu'elles ressortent souvent d'un partenariat privé-public qui a de quoi faire grincer des dents.

En 2016, le laboratoire d'intelligence artificielle de Google, DeepMind, a ainsi noué un partenariat similaire avec la NHS, le système de santé publique du Royaume-Uni, oubliant juste d'avertir les patient·es qu'il aurait accès à leur dossier médical.

Plus récemment, Google toujours a fait parler d'elle du fait d'un accord passé avec Ascension, une organisation de santé qui gère de nombreux établissements sur le sol américain, notamment des hôpitaux et des maisons de retraite. Ce partenariat, qui n'a pas été sans créer quelque outrage, devrait permettre au géant du web d'avoir accès aux données de plusieurs millions de patient·es et de consolider son rôle dans l'industrie de la santé.

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